Julien Dondel est un artisan qui figure parmi les plus célèbres du pays de Rennes. Bien qu'il soit cité dans les principaux ouvrages référents, que trois armoires (non signées) de sa main figurent dans les collections des musées de Rennes, on sait encore peu de choses sur lui, hormis que son atelier se trouvait à Saint-Sulpice-la-Forêt, commune située au nord de la capitale bretonne.


Ainsi il exerçait à l'une des extrémités du "croissant fertile" du pays de Rennes, et donc relativement loin de l'épicentre, situé au nord-ouest de Rennes, soit la commune de Pacé et ses environs immédiats où nombre de menuisiers-sculpteurs s'activaient. Peut-être faut-il y voir l'une des principales raisons de l'originalité qui caractérise son travail, peut-être aussi sa proximité avec les Tulou.
Car en effet Julien Dondel, à l'instar toutefois de Jacques Tulou, sculpteur de grand renom qui était sans doute son plus proche voisin (puisque de La-Chapelle-des-Fougeretz à Saint-Sulpice-la-Forêt ou mieux encore à Betton -où selon le Dr Jambon il aurait eu un atelier- il n'y a pas loin...Et Julien Dondel ayant tissé des liens avec les Tulou, voilà qui serait tout à fait plausible, eu égard aux nombreuses similarités) a été l'un des seuls (et le plus hardi dans cette liberté) à s'être affranchi en plein XVIIIe siècle (exception faite pour un buffet daté 1779) des cadres moulurés en quadrilobes, et à négliger les parties laissées en réserves non sculptées pour mieux couvrir (tout en évitant avec talent le piège de la surcharge) toute la surface des panneaux de ses armoires. On remarque également qu'alors que ses concurrents restent encore attachés à une parfaite symétrie, Dondel adopte déjà l'asymétrie dans ses décors. Le caractère délié de sa sculpture, en asymétrie et sans contraintes des cadres, est en parfaite adéquation avec les canons du style Régence.
C'est pourquoi nous voyons en lui un artisan novateur, et d'autant que pareillement, la seule et unique armoire du XIXe siècle connue de sa main, signée et datée 1807, en est le témoignage. Cette dernière (que nous reproduisons ci-après) est en effet de pur style Louis XV, et constitue la plus ancienne de ce type que nous ayons vue, environ sept ou huit années avant son adoption dans le pays de Rennes (rappelons qu'alors en Cornouailles par exemple, c'est toujours le style Louis XIII qui perdure).
La renommée d'un atelier florissant d'où sont sortis de nombreux meubles, ajoutée à cette spécificité de décor qui rend son travail reconnaissable entre tous, nous ont permis de compiler un nombre d'armoires (que nous reproduisons ci-dessous) assez considérable et, avec son confrère Charles Allory de Pacé, il nous apparaît comme l'un des deux artisans les plus prolifiques. Il convient de garder à l'esprit que, contrairement à ce même Allory, la plupart des sculpteurs du pays rennais ne signaient qu'une partie de leurs ouvrages et que les ateliers des plus célèbres d'entre eux disposaient de plusieurs compagnons, généralement affectés aux tâches de menuiserie, même si les plus chevronnés prenaient part à la sculpture. Ainsi la plupart des éditions traitant du sujet présentent (sans le savoir, pour la plupart des exemplaires qui ne sont pas signés) au moins une armoire de Julien Dondel. On notera enfin que si toutes ces armoires présentent de nombreux traits communs, aucune n'est exactement semblable (hormis les modèles 4 et 5 - Mais justement, nous avons pu par la suite vérifier qu'il s'agissait bel et bien de la même armoire, dont le fronton et les entrées de serrure avaient disparu et furent par la suite remplacés).
Observons tout d'abord ces deux chefs-d’œuvre
parmi les buffets rennais, meubles alors réservés aux plus riches propriétaires terriens de la région et pour ce qui concerne ces véritables modèles rennais, soit à corniche à double cintre (le buffet de 1779 fait cependant encore une fois exception), quasi exclusivement commandés aux sculpteurs de grande renommée. Le troisième buffet n'est pas signé mais nous lui attribuons ce travail.