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ARMOIRE DE MARIAGE RENNAISE

Armoire-rennaise-de-mariage-merisier

 


Exceptionnelle armoire rennaise de mariage Régence en merisier,
à corniche double cintre, attribuée à Julien Dondel, vers 1770.
Travail du pays de Rennes de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

 

Cette armoire appartient à l'âge d'or du mobilier du Pays de Rennes, courte période florissante de transition entre meubles Louis XIV et meubles Louis XV qui va de la fin du XVIIIe siècle jusqu'aux toutes premières années du XIXe siècle, et durant laquelle les hiératiques armoires à triple panneaux et pieds droits de type Louis XIV verront leurs montants s'arrondir et leurs pieds se galber tandis que les premières armoires à double panneaux (encore entièrement sculptés) ornés de moulures Louis XV feront leur apparition, toutes parées d'une luxuriante ornementation propre aux répertoire "à la Bérain".

Le travail de Julien Dondel est reconnaissable car il s'est montré novateur en introduisant le style Régence dans le pays de Rennes, style qui n'a que très peu été assimilé dans nos provinces. Cette armoire est en effet animée par un riche répertoire ornemental issu de la Régence et pour mieux l'assouplir l'artisan s'est débarrassé de la rigidité des traditionnels cadres moulurés (quadrilobes des panneaux centraux des armoires rennaises XVIIIe et bordures de pourtour des autres panneaux) ainsi que des habituelles réserves (zones découpées et laissées planes sur les panneaux inférieurs et supérieurs).
On dira en effet que le style Régence a soumis l'architecture à la sculpture, mais sans la négliger pour autant.

 

État :
Bel état d'origine de l’ensemble, quelques petites restaurations d'usage.
Ce meuble a été l'objet d'une restauration complète et approfondie,
et sa patine profonde d'origine, ravivée par un polissage
et une mise en cire méticuleuse, est absolument superbe.
Petite dimension à signaler, d'à peine plus de 2,25 mètre de haut,
soit très en deçà des mesures habituelles des armoires de Rennes.

Assemblage du bâti à tenons, mortaises et chevilles,
fonçures (dos - plancher - plafond) en bois de merisier et châtaignier.
Pour les garnitures, quatre gonds épais en fer, deux entrées de serrure
en fer ouvragé et une grosse serrure en fer, avec sa clé, le tout
d’origine et en parfait état.

 

Dimensions :
hauteur 2,26 m x largeur 1,45m x profondeur 0,62m.

 
 
Armoire-rennaise-cerisier-de-Julien-Dondel
 


L'armoire, vue de trois quarts, accrochant la lumière et dégageant puissance et harmonie.
A noter le faux-dormant chantourné en ressaut aux extrémités et par ailleurs simplement mouluré en écho aux traverses des portes, de même que la traverse basse judicieusement sculptée aux endroits "stratégiques". Souhaitant mettre ses panneaux en valeur, l'artisan a fait ici le choix de laisser des zones libres où se repose le regard.

 
Corniche-double-cintre-armoire-de-Rennes
 


La corniche à double cintre est moulurée et sculptée d'une large bande de feuilles d'acanthe imbriquées délimitée par un rang de dents de loup et de créneaux.
Elle est surmontée d’un fronton très découpé à décor d’une large coquille d'où s’échappent deux feuilles d'acanthe nervurées. L'étirement de cette coquille et sa bordure bien ourlée sont des éléments caractéristiques de la coquille en palmette de la Régence.
La traverse haute, qui adopte le mouvement cintré des portes, est agrémentée d’un médaillon central mouluré d’un baguette demi-ronde et sculptée d’un large fleuron tandis que deux réserves, semblablement moulurées, sont sculptées du même décor de coquille en palmette d'où s'étirent des tiges florales à feuilles nervurées ponctuées de fines campanes.

 
 


Ce décor se poursuit en miroir à chacune des extrémités de la traverse sans être interrompu par le cadre classique et l'arasement traverse-montant est purement ignoré pour un bandeau continu avec une coquille de liaison en agrafe qui permet au décor de reprendre en chutes libres sur les montants. Cette façon est l'apanage des sculpteurs les plus habiles et les plus audacieux, de ceux qui n'hésitent pas à passer outre l'académisme pour aller de l'avant. Remarquons à ce titre d'une part la feuille godronnée qui vient couronner la coquille placée au sommet du montant, en surplomb même de la baguette de la réserve, et d'autre part le cartouche (très rare, y compris chez J. Dondel) qui s'inscrit dans la moulure concave à l'amortissement de la porte.
On voit que les notions de la sculpture Régence, à la fois puissance et souplesse, mais aussi assujettissement de l'architecture, sont ici parfaitement assimilées.

 
Panneau-sculpté-Régence-Pays-de-Rennes
 


Sur les portes, les trois panneaux, mis en relief par une plate bande et par des traverses soulignées de puissantes moulures saillantes et à larges gorges concaves, sont sculptés dans une ordonnance équilibrée assouplie par une légère asymétrie. Sur ce panneau supérieur, à peine contenu par un jeu de bandes se déploie sur toute la surface disponible et sans effet de masse un large décor de coquille godronné, feuilles godronnées, motifs en ailes de chauve-souris, le tout agrémenté de tiges florales.

 
 


Le panneau central est également très richement sculpté, dans une nette asymétrie, de larges collerettes et ailes de chauve-souris godronnées, festonnées et agrémentées de volutes, tiges florales, feuilles d'acanthe et feuilles de palmier, tous ornements propres au style Régence.

 
 


Le panneau inférieur où se déploient avec souplesse de larges feuilles d'acanthe crispées sommée d'une coquille inversée étirée en éventail, le tout contenu par un jeu de bandes et de cartouches.

 
 


Deux détails de la sculpture permettant d'en apprécier davantage toute la qualité et le relief : le coup de ciseau est habile, le tracé plein de souplesse et de maîtrise, l'outil affûté entrant dans le tendre bois de fil n'a pas laissé de traces et le poli est superbe, la sculpture, foisonnante mais aérée, est bien fouillée et parfaitement dégagée.

 
 


Vue de trois-quarts gauche en partie basse : une collerette festonnée court tout le long des traverses, agrémentée aux accolades des moulures de volutes sommées de coquilles godronnées, d'un petit fleuron au centre, d'une petite feuille formant palmette en côtés.

 
 


Les côtés en merisier sont compartimentés en cinq panneaux moulurés décreusés de plates bandes et traverses moulurées de quart-de-rond. Les épais montants à coins arrondis sont sculptés des ravissantes tiges de feuillages et fleurettes ponctuées de campanes, en rappel des motifs de la traverse supérieure, et sont ponctués de pieds à volutes.

 
 


L'armoire ouverte : intérieur avec dos, plancher et plafond d'origine. Une étagère en chêne à bordure moulurée munie de deux tiroirs rapportée. Les coulisseaux ont été conservés et l'agencement pourra aisément se faire soit en rapportant deux étagères similaires en chêne de part et d'autre (pour une lingère) ou bien encore en positionnant l'étagère sans ses tiroirs au rang supérieur (pour une penderie).

 
 


L'armoire de dos : montants arrières et cadre en merisier intercallé de planches en châtaignier.

 

DOCUMENTATION
 

Julien Dondel est un artisan qui figure parmi les plus célèbres du pays de Rennes. Bien qu'il soit cité dans les principaux ouvrages référents, que trois armoires (non signées) de sa main figurent dans les collections des musées de Rennes, on sait encore peu de choses sur lui, hormis que son atelier se trouvait à Saint-Sulpice-la-Forêt, une commune située au nord de la capitale bretonne.

 

 

 

Ainsi il exerçait à l'une des extrémités du "croissant fertile" du pays de Rennes, et donc relativement loin de l'épicentre, situé au nord-ouest de Rennes, soit la commune de Pacé et ses environs immédiats où nombre de sculpteurs s'activaient. Peut-être faut il y voir l'une des principales raisons de l'originalité qui caractérise son travail.
Car en effet Julien Dondel, à l'instar toutefois de Jacques Tulou, sculpteur de grand renom qui était sans doute son plus proche voisin (puisque de La-Chapelle-des-Fougeretz à Saint-Sulpice-la-Forêt ou mieux encore à Betton -où selon le Dr Jambon il aurait eu un atelier- il n'y a pas loin...Et Julien Dondel ayant tissé des liens avec les Tulou, voilà qui serait tout à fait plausible, eu égard aux nombreuses similarités) à été l'un des seuls (et le plus hardi dans cette liberté) à s'être affranchi en plein XVIIIe siècle (exception faite pour un buffet daté 1779) des cadres moulurés en quadrilobes, et à négliger les parties laissées en réserves non sculptées pour mieux couvrir (tout en évitant avec talent le piège de la surcharge) toute la surface des panneaux de ses armoires. On remarque aussi qu'alors que ses concurrents restent encore attachés à une parfaite symétrie, Dondel adopte déjà l'asymétrie dans ses décors. Le caractère délié de sa sculpture, en asymétrie et sans contraintes des cadres, est en parfaite adéquation avec les canons du style Régence. C'est pourquoi nous voyons en lui un artisan novateur, et d'autant que pareillement, la seule et unique armoire du XIXe siècle connue de sa main, signée et datée 1807, en est le témoignage. Cette dernière (que nous reproduisons ci-après) est en effet de pur style Louis XV, et constitue la plus ancienne de ce type que nous ayons vue, environ sept ou huit années avant son adoption dans le pays de Rennes (rappelons qu'alors en Cornouailles par exemple, c'est toujours le style Louis XIII qui perdure).

La renommée d'un atelier florissant d'où sont sortis de nombreux meubles, ajoutée à cette spécificité de décor qui rend son travail reconnaissable entre tous, nous ont permis de compiler un nombre d'armoires (que nous reproduisons ci-dessous) assez considérable* et, avec son confrère Charles Allory de Pacé, il nous apparaît comme l'un des deux artisans les plus prolifiques. Il convient de garder à l'esprit que, contrairement à ce même Allory, la plupart des sculpteurs du pays rennais ne signaient qu'une partie de leurs ouvrages et que les ateliers des plus célèbres d'entre eux disposaient de plusieurs compagnons, généralement affectés aux tâches de menuiserie, même si les plus chevronnés prenaient part à la sculpture. Ainsi la plupart des éditions traitant du sujet présentent (sans le savoir, pour la plupart des exemplaires qui ne sont pas signés) au moins une armoire de Julien Dondel. On notera enfin que si toutes ces armoires présentent de nombreux traits communs, aucune n'est exactement semblable (hormis les modèles 4 et 5 - mais il se peut que ce soit la même armoire, dont le fronton aurait été disjoint et les entrées de serrure cassées).

*Note : Cet inventaire pourrait laisser croire que ces armoires sont relativement courantes alors qu'elles sont très rares, aussi nous préciserons que nos archives sont le fruit de quarante années de quête et d'une documentation complète des ouvrages traitant du sujet.

Observons tout d'abord ces deux chefs-d’œuvre parmi les buffets rennais, meubles alors réservés aux plus riches propriétaires terriens de la région et pour ce qui concerne ces véritables modèles rennais, soit à corniche à double cintre (le buffet de 1779 fait cependant encore une fois exception), quasi exclusivement commandés aux sculpteurs de grande renommée.

 

Buffets à deux corps signés Julien Dondel

Gazette Drouot------------------------------------------------------------------Photo d'archives--
Signature "au papier" encré sous verre dans un médaillon--------------------------Double signature : une gravée et une encrée à l'intérieur
Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel-----------------------------------
Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

 

Non signé, ce troisième splendide buffet peut lui être attribué.

Photo d'archives
--Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

Armoire de style Louis XV signée J. Dondel
et datée 1807 (gravé au fronton de corniche)

Photo d'archives
Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

Armoires signées ou attribuées à Julien Dondel

-----Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel------Mobilier du Pays de Rennes / Musée de Rennes---Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

-_---------------Armoire non signée-------_---- -- ---- -------------------Armoire non signée------- ------------- _Armoire signée (au papier) et datée 1771

---------------Le mobilier breton / Balnéat-- ------- --- ------------- -- Le mobilier breton / Trotel-------------Les meubles du pays de Rennes / Dr Jambon
Collection Ecomusée du pays de Rennes
-----Armoire non signée--------------- ------------------------Armoire non signée-------------------- ---- ------------Armoire non signée

----------Collection privée-------------------------------Collection musée de Bretagne------------------------------Collection privée----

-----Armoire non signée----------------- ----------------------Armoire non signée--------------------------------------Armoire non signée

Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel-- ----------------Vente Hôtel Drouot--_-------------------------Guidargus du meuble régional------

Armoire non signée-----------------------------------Armoire signée et datée 1775-----------------------------Armoire non signée

--Meubles Régionaux / A. Maumenée-----------------------Vie à la campagne / Hachette---------------------Vente Hôtel Drouot / Etude Ader

-----Armoire non signée----------------------------------------Armoire non signée--------------------------------------Armoire non signée

--------Collection Antiquités Philippe Glédel------------Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel-------Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

Armoire signée (au papier) et datée 1785-------------------------Armoire non signée--- --------------------------- --Armoire signée et datée 1791

-Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel---------------------Collection privée----------------------Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

-Armoire non signée--------------------------------------Armoire non signée--------------------------------------Armoire non signée

Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel-----Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel----Ancienne collection Antiquités Philippe Glédel

-----------Armoire signée J. Dondel----------------------Buffet-vaisselier attribué à J. Dondel -------- -----Armoire Louis XV signée et datée 1807

 

Pour finir voici deux armoires reproduites dans l'ouvrage La Haute Bretagne / Ed. Massin, la première provenant de nos anciennes collections et reproduite ci-dessus à gauche, la seconde, collection de l'écomusée de la Bintinais, reproduite dans le Trotel et ci-dessus (modèle 5 -et sans doute 4- au centre de la seconde rangée).