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Espace détente en forme de billet d’humeurMarché de l’art, ventes publiques, expertise et restauration
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Après le temps des Denizot, un mot sur celui qui va à volo... Nous entendons bien (trop!) souvent parler de budget, alors parlons-en (tiens!) : Amusons-nous, avec cette commode (rare, de très belle qualité, et délicatement restaurée), à un petit calcul (et notamment pour ceusses qui préfèrent acheter en salle des ventes "parce que c'est tellement moins cher"). * Il y aurait aussi beaucoup à dire là dessus. Sans trop entrer dans les détails contentons-nous de dire que par exemple il y a véritable vernis au tampon et vernis polyuréthane, éventuellement recouvert d'un glacis de vernis-tampon pour faire illusion (pour ceusses qui préfèrent les meubles plastifiés) et comme on en voit même sur les quais de Paris hélas! ** Et il conviendra par exemple de ne pas se laisser griser par ce genre d'annonce (que vous auriez pu voir le 28/9/2022) d'une commode (confortablement dans la fourchette du fameux budget puisqu'estimée entre 6 et 8.000 euros, hors frais de vente restaurations et tout le reste, bien entendu) annoncée par ailleurs "Régence" et d'Antoine Mathieu Criaerd (né vers 1724, soit un an après la fin de la période Régence),
une commode au descriptif particulièrement alléchant (j'ai la faiblesse de le croire, et ce d'autant que j'en suis intégralement l'auteur *, hormis toutefois ce qui concerne la notice sur Criard, soit les deux premières lignes / d'ailleurs tant qu'à faire on le nommera plutôt Criaerd, et c'est ainsi qu'il inscrivait lui-même son nom sur le fer de son estampille), mais non pas engagé par l'étude pour cette commode, que nenni, travaillant bien comme à mon habitude pour mon propre compte au descriptif d'une toute autre large commode mesurant (véritablement) 1,50 m estampillée de Michel Mallerot. Non, soyons sérieux une minute et regardons plutôt le prix d'une véritable commode Régence de qualité et dans un bel état de conservation, telle que celle-ci vendue par la salle des ventes de Chinon 19.200 euros (hors frais de vente et restaurations), commode attribuable à Denizot, non estampillée et moins élitiste que la nôtre, tant par le placage qui la recouvre que les chutes de bronze plus communes, les découpes du tiroir inférieur et du tablier moins élaborées. * Sans doute une relation de cause à effet entre le goût (immodéré) de certains opérateurs de salle des ventes (entre autres) pour ma prose et la rédaction de ce petit article n'est peut-être pas fortuite. Voir ici : T-Commode-parisienne-Regence-estampillee-Michel-Mallerot.html On remarquera que j'avais pris soin de donner ma commode comme "de la fin de l'époque Régence ou tout début du Louis XV", alors que cette fois nous avions affaire à un ébéniste né, pour sa part, en 1675, soit âgé de 50 ans à la fin de la Régence. On notera donc que près de deux générations séparent ces deux ébénistes, ce qui n'est pas rien. Si nous n'avions fait immédiatement supprimé ce copié-collé (avec les plates excuses -bienvenues- de Monsieur Guilmoto) résultant du "travail" d'un stagiaire (nous n'avons pas évoqué sa corpulence mais tout de même j'ai trouvé qu'il avait le dos large) l'acheteur de ladite commode serait en droit de s'interroger : pourquoi cette "large" commode ne mesure qu'une taille standard d'1,30 m, pourquoi elle n'est pas galbée en plan comme annoncé, pourquoi on n'y voit pas de frisage en diamant sur les côtés, pourquoi le marbre n'est pas un vieux Rance tel que désigné, pourquoi il n'est pas épais de 28 mm, pourquoi le tablier est loin de mesurer 40 cm et qu'on n'y voit pas les fameuses "ailes de dragon", pourquoi les poignées ne mesurent pas 31 cm et enfin les entrées de serrure, loin s'en faut, les 16,5 cm annoncés, pourquoi encore les fonds de tiroir ne sont (très probablement) pas en noyer, et cetera.
On comprendra que dans certaines études, s'il n'y a déjà plus d'expert, il n'y a même plus de commissaire-priseur (on appelle cela la libéralisation du marché). Un peu plus tard nous aurons l'occasion de lire un descriptif de cette même étude qui nous semble être littéralement "tombé du ciel"... Nous nous sommes permis d'intervenir sur ce document, non plus en tant qu'auteur mais en tant que correcteur, en surlignant en rouge tout ce qui est inutile, présomptueux, mal orthographié (ce dernier élément est à prendre comme un indice : probablement pillé sur le site Proantic donc) ou pure fantasmagorie... c'est beaucoup, et encore, les côtés de la commode n'étant pas visibles, nous ne sommes pas intervenu sur cette partie du descriptif).
Mais tout va s'arranger désormais, à grands coups de logiciels avec Intelligence Artificielle intégrée, qui font déjà le travail, à l’heure même où nous parlons, que constitue descriptif et expertise de nombreux objets d’art passant en salles des ventes (… cette fois ça sera sans commentaires !). Ne comptez pas trop (parmi tant d'autres choses) sur des facilités de paiement, et même désormais, comme ce jeune commissaire-priseur (qui commence très très fort dans le métier) nous en fait la démonstration, attendez-vous à ce que votre nom soit jeté en pâture à la vindicte publique (plus délicat, et ce à maints égards je crois, nous l'avons flouté sur le document) et inscrit au (fameux) fichier ***, pour peu que vous ne payiez pas le meuble présenté par un C.P. dont vraiment la suffisance n'a d'égale que l'ignorance (à moins qu'il ne s'agisse d'une simple insolation ?) et qui, croyant s'y connaître, fait l'économie de l'expert qui lui fait tant défaut****. Il n'est pas question de mettre tous les commissaires-priseurs (pas davantage que tous les antiquaires) dans le même panier, ainsi par exemple chez Maître Briscadieu à Bordeaux, on vous vendra des meubles bordelais pour ce qu'ils sont, et vous bénéficierez de l'avis d'un expert. *** Petite anecdote personnelle : Me Couton, C.P. à Nantes, après que je lui eus refusé le paiement de l'enchère d'une petite armoire nantaise en acajou et citronnier (achat au téléphone sur photo gazette en noir et blanc où se distinguait un défaut sur l'un des panneaux au sujet duquel je l'avais questionné / Il me fut répondu que le flash au moment de la prise de vue devait en être la cause / Il s'avéra de visu que le panneau était brûlé et que, pour parfaire le tableau, la corniche de l'armoirette était neuve), Me Couton donc, se proposa de m'inscrire aussitôt au fameux fichier Temis, avant d'abandonner (derechef aussitôt) le projet en déclinant le coup de pied au cul que je lui proposais en échange. Visiblement pas encore à l'époque (c'est une vieille histoire) sensibilisé au système d'échange alternatif local! Et, tout comme votre serviteur, il est d'une limpide évidence que Madame X a été fort bien avisée de ne pas payer son bordereau : Non pas parce qu'il lui manque une poignée et que ceci n'est pas mentionné. Non pas parce que ses quatre pieds sont greffés et que ce défaut (déjà pourtant quasi rédhibitoire) ne l'est pas davantage. Non, tout simplement parce que cette commode (cironnée de haut en bas) n'est EVIDEMMENT pas en acajou tel qu'annoncé mais en cerisier (ce qui fait une grande différence)...ET D'ACAJOU, IL N'EN EST PAS UN SEUL MORCEAU SUR TOUTE LA COMMODE!
Une commode de laquelle tout amateur avisé préférera détourner bien vite son regard vu l'état pitoyable dans lequel elle nous est parvenue (c'est sans doute pour cela qu'elle en est à son troisième passage en vente, ce qui vaut à cette pauvre Madame X de voir son nom et son lieu de résidence exposés pour la seconde fois). Ajoutons à cela un plateau postérieur (ce qui est annoncé / alors que nous le croyons d'ailleurs simplement sévèrement raclé sur son parement, cette commode ayant visiblement été anciennement restaurée par un gougnafier) et disons tout net qu'elle ne vaut dès lors guère mieux que le prix de sa bien ordinaire (et hélas incomplète) garniture de bronze... Peut-être la retrouverons-nous un jour sur le site Proantic, qui sait au prix (attractif) de 2.950 euros ? Et où l'on pourra lire au descriptif du "professionnel" (tel que nous avons eu -hélas!- plusieurs fois l'occasion de le lire) : "magnifique" (ça n'engage à rien) commode en acajou de Cuba "expertisée par un commissaire-priseur" (... ou son "stagiaire", et pourquoi pas par un crieur de salle des ventes)...
**** Encore faudra t-il bien se garder de l'avis de certains experts, en particulier d'art asiatique, à l'image de Monsieur Vincent L'herrou qui, après avoir estimé dans la fourchette de 800 à 1.000 euros (on voit d'ailleurs cette estimation "doublée" après coup à 2.000 euros, ce qui n'en finit pas d'être amusant) un exceptionnel vase impérial de 54 cm du XVIIIe siècle (aux neuf dragons à cinq griffes) vendu 9,1 millions d'euros.
Extrait du catalogue de la vente - Extrait de l'article de La Gazette Drouot.
Monsieur VINCENT L'HERROU donc, aggrave son cas en soutenant avec une rare insolence (qui n'a d'égale que la poltronnerie qui lui a suggéré de se couvrir de l'anonymat... anonymat négocié contre l'abandon définitif de sa commission, on peut sans peine le deviner), en soutenant (et le bruit absurde qu'il fait courir impunément se propage dans toute la France hébétée) que le vase est une copie XXe et que la dizaine de chinois encore enchérisseurs à 5 millions d'euros n'y entendent rien à l'art asiatique... Une nouvelle expression pourrait voir le jour : "L'herrou est humaine". Maître Osenat, "ne se sentant plus de joie", ne manquera pas de noter qu'il aurait pu tomber pour rien dans les mains d'un brocanteur (brocanteurs déjà bien "enterrés", était-il utile de leur jeter la pierre... pour rien, et brocanteurs qui ont constitué le fond de sa clientèle pendant bien des années... quand je parlais de la délicatesse de ces Messieurs). Et d'ajouter qu'il y voit la justification de son beau métier qui permet à un objet de faire "le vrai prix". Vu la présentation de l'objet, j'y vois personnellement plutôt la justification de l'internet (qui permet aux acheteurs de vases impériaux de repérer depuis la Chine des objets complètement dédaignés par nos salles des ventes). Et pour ce qui est du "vrai prix" il est tout de même conjoncturel et on reparlera quand la Chine connaîtra son inévitable récession.
Et bien il en est justement question seulement un peu plus de deux ans plus tard avec la mise en vente à Cannes, pour idéalement illustrer mon propos, d'un autre vase, tellement semblable qu'il pourrait faire la paire avec le premier, expertisé cette fois comme d'époque Qianlong et estimé environ entre 300 et 600 fois plus (ce qui n'est pas rien) et vendu un peu plus de deux millions, soit déjà plus de 4 fois moins cher (ce qui n'est également pas rien).
Pour ceux parmi mes lecteurs qui penseraient mes propos très exagérés, je leur suggère de me trouver un expert chinois qui aurait la prétention d'être expert en art européen (le domaine est un peu vaste tout de même, n'est-ce pas? Et bien il en va de même pour l'Asie, et donc il faut croire les asiatiques plus modestes et raisonnables, car en effet vous n'en trouverez pas à avoir de telles prétentions, et s'il en existait un, sans doute il n'irait pas jusqu'à contredire les plus grands collectionneurs et marchands français, ou encore italiens, allemands...). Enfin, toujours est-il que maître Osenat ferait bien de s'attacher les conseils d'un expert en mobilier français pour le moins, comme le démontre le descriptif de ce bureau de pente. Car c'est en effet ce qu'on se doit de constater peu après "l'affaire du vase".
En vérité une bonne paire de lunettes aurait pu suffire devant cette débauche de mauvais raccords de la marqueterie. J'ignore si maître Osenat voit là la justification de son beau métier ou alors ce serait une façon de se rattraper de son indélicatesse envers les brocanteurs en vendant pour le compte de l'un d'entre eux ce bureau qui lui aura été confié ?
Qui sait, peut-être le reverra-t-on présenté comme l'objet du mois sur "le plus beau catalogue d'Antiquités" (comme se plaît à se nommer lui-même le site Proantic) annoncé cette fois fin de l'époque Louis XIV et attribué à Pierre Gole. Rien ne nous étonnerait moins.
Nous retrouverons d'ailleurs un peu plus tard cette même salle des ventes avec le descriptif pour le moins affligeant d'une table de ferme rennaise en merisier fabriquée au XIXe siècle environ un siècle après la Régence, entièrement post-sculptée à la fin du XIXe voire au tout début XXe, ceci dans le style très particulier et aisément reconnaissable du Pays de Rennes, et devenue à Versailles : "Grande table à gibier en bois naturel d'époque Régence".
Partant de cet absurde postulat on nous signale donc que le plateau ainsi que les tiroirs (pourtant parfaitement d'origine) sont rapportés (enfin "probablement" pour ces derniers... On n'est pas sûr!).
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