Antiquités Philippe Glédel

Commode Régence à pont estampillée Jacques Denizot
Paris, vers 1725-1730

Rare commode en bois d’amourette, à pont et à moustaches,
estampillée I.D. pour Jacques Denizot.
Commode Régence à pont en bois d’amourette estampillée I.D. pour Jacques Denizot

Commode Régence à pont estampillée I.D.

Cette rare commode, galbée en élévation et légèrement bombée en plan, ouvrant par quatre tiroirs sur trois rangs, dite en tombeau ou à la Régence, s'inscrit cependant dans un groupe beaucoup plus restreint des commodes dites à pont et à moustaches, avec de plus une attache des chutes d'angle placée très bas et des galbes retenus rappelant les modèles en sarcophage, et enfin dans le cercle, encore plus confidentiel, des commodes fabriquées à l'unité.

Elle est coiffée d'un marbre Rouge Royal mouluré d'un bec-de-corbin et parée d'une ornementation de bronzes ciselés et dorés de grande qualité : tirants à figures d'espagnolettes, entrées de serrure aux sphinges adossées, mascaron au Bacchus souriant, espagnolettes aux indiennes, sabots étirés de feuilles d'acanthe et enfin cornes d'abondance godronnées. On y retrouve les lignes basses et, sous forme de cannelures de laiton, les divisions horizontales du style Louis XIV, en façade sous chaque rang de tiroir et en côté au niveau du rang supérieur. On note bien entendu le très inhabituel double ressaut en arc du tiroir inférieur, une forme inventive en trompe-l'oeil de deux tiroirs égaux en ressaut.
Ce qui fait cependant la grande spécificité de cette commode, c'est l'essence dont elle est entièrement plaquée, en feuilles sur le bâti, en marqueterie de frisages sur les tiroirs et les côtés, un bois au nom charmant que l'on a très peu l'occasion de rencontrer, et plus rarement encore sur l'intégralité d'une commode : le bois d'amourette.

Le bâti de la commode est pour sa part typique des plus beaux modèles de la Régence, en conifère de qualité pour l'essentiel mais en noyer pour les tiroirs finement montés à encastrement. A remarquer également le coquet badigeon rose pâle couvrant les fonçures du meuble, typique de la période Régence.

 

Cette commode se présente dans un rare état d'origine (aucun accident notable à signaler), avec tous ses bronzes d'époque délicatement ciselés et dorés, son marbre d'origine avec tranche arrière découpée au ciseau et chant débité à la scie à eau ainsi que ses anciennes (et semblables) serrures actionnées par une clé d'époque, un superbe état d'origine sublimé par une très délicate restauration et un vernis au tampon.

 

Estampillée I D pour Jacques Denizot

Estampille I.D. de Jacques Denizot frappée sur le montant de la commode

au sommet du montant avant gauche.

 

 

 

Travail parisien du début de l'époque Louis XV,
vers 1725 - 1730

 

 

Jacques Denizot (1684-1760)

Jacques Denizot (1684 - 1760), est un ébéniste parisien encore mal connu, comme le sont beaucoup des premiers ébénistes parisiens nés à la fin du XVIIe et qui travaillaient avant l'usage de l'estampille, tels Lieutaud et Mallerot que nous avons eu l'occasion d'évoquer. Il fit dès 1700, et comme son frère Guillaume après lui, son apprentissage chez Pierre IV Migeon, et produisit dans sa carrière essentiellement des commodes Régence et du début du Louis XV. On s'accorde généralement à trouver une parenté entre son travail et celui d'Etienne Doirat ainsi que de Noël Gérard.

Notice consacrée à Jacques Denizot dans Le Mobilier français du XVIIIe siècle de Pierre Kjellberg

LE MOBILIER FRANCAIS DU XVIIIe SIÈCLE - PIERRE KJELLBERG

 

Notice consacrée à Jacques Denizot dans Les Ébénistes du XVIIIe siècle de François de Salverte

LES ÉBÉNISTES DU XVIIIe SIÈCLE - COMTE FRANCOIS DE SALVERTE

 

 

Le merveilleux bois d’amourette

Le bois d'amourette, ou bois de lettre, lettre moucheté ou encore bois serpent en Guyane (mais qu'il ne faut pas confondre avec le bois serpent véritable du Brésil) et encore palo de oro, leopard wood... est un bois précieux guyanais de la famille des Moraceae qui doit son nom à son aspect tacheté ou tigré de noir sur ton de rouge-brun évoquant une peau de léopard ou de serpent. Ce bois très dense (il ne flotte pas) est particulièrement lourd et dur, avec un fort effet désaffûtant, ce qui n'empêche pas qu'il puisse être amené à un lustré splendide.

Bois d’amourette montrant son veinage moucheté caractéristique

 

Propos de l'Etude Berger et Associés tirés du descriptif d'un bureau plat Régence donné pour "Travail parisien dans l'entourage de Noël Gérard" circa 1720 :
"Le bâti en résineux (essence composant notre bureau) est caractéristique des fabrications des ébénistes parisiens de la période Régence, habitude de construction issue de la période Louis XIV. Quelques années après les bâtis seront en chêne.
L'utilisation de noyer pour la construction des tiroirs de notre bureau témoigne d'une part d'un travail bien parisien et d'autre part d'un travail soigné : meuble de commande. Sur des bureaux ordinaires, les tiroirs seront soit en chêne...
Avec la pénurie du noyer consécutif au grand gèle de l'année 1709, le noyer sera remplacé par du chêne, dans les années suivantes."

Rappelons que le montage en feuillure ou encore à encastrement, typique des maîtres parisiens, est signe d'une fabrication soignée, et qu'il procure l'avantage de faire glisser le tiroir tout entier sur un plancher sur toute la surface de son fond, rendant inutile la pose de coulisseaux et épargnant ainsi à long terme tout risque d'usure des bords de traverses intermédiaires.

 
 

Vues et détails de la commode

Commode parisienne Régence en bois d’amourette estampillée Jacques Denizot, vue de face


Dimensions : 0,82 m de haut x 1,30 m de large x 0,65 m de profondeur.
 
 

Commode Régence estampillée Jacques Denizot, vue plongeante sur le placage d’amourette et les bronzes dorés


La commode en vue plongeante.

 

Marbre Rouge Royal de la commode Jacques Denizot, vue du dessus


Le plateau de marbre en vue du dessus.

 

Commode Régence à pont estampillée Jacques Denizot, vue de trois quarts gauche


La commode vue de trois quarts gauche.

 

Commode Jacques Denizot en bois d’amourette, vue rapprochée de trois quarts gauche


Vue rapprochée de trois quarts gauche.

 

Détail des chutes de bronze doré et du placage d’amourette de la commode Denizot


Détail sur les chutes de bronze et les figures marbrées de l'amourette sur le bâti.

 

Côté droit de la commode Régence estampillée Jacques Denizot


Vue du côté droit (avec quelques reflets sur le vernis).

 

Bronzes ciselés et dorés de la commode Denizot : Bacchus, espagnolettes et sphinges


Détails des bronzes d'ornement : On pourra noter la parfaite similitude des entrées de serrure
aux sphinges, des espagnolettes supportant les poignées et enfin des chutes en espagnolettes,
avec celles de la commode du musée Carnavalet reproduite ci-après
(ainsi que les dimensions quasi semblables des deux modèles).

 
Découpes du bas de caisse de la commode Régence à pont de Jacques Denizot

Détails des très rares et novatrices découpes du bas de caisse de la commode.

 

Commode Jacques Denizot tiroirs ôtés, montrant la construction intérieure


La commode, tiroirs ôtés.

 
Deux tiroirs supérieurs de la commode Denizot et leur montage soigné

Les deux tiroirs du rang supérieur et leur montage très soigné.

 
Plancher et dos de la commode Régence estampillée Jacques Denizot

Le plancher et le dos de la commode, également dans un impeccable état.

 
 

 

DOCUMENTATION

Documentation comparative

Commode du musée Carnavalet avec bronzes comparables à ceux de la commode Denizot

Semblables espagnolettes, poignées de tirage et entrées de serrure sur cette commode de Carnavalet.

Documentation du musée Carnavalet sur une commode Régence aux bronzes comparables

Documentation LE MOBILIER DU MUSÉE CARNAVALET - Anne Forray-Carlier / Éd. Faton

Commode attribuée à Jacques Denizot reproduite dans une documentation de vente

Documentation Argus Valentine's - Commode plaquée d'un bois nettement plus courant et à la forme beaucoup plus standard.
(Il nous semble que cette dernière soit la commode qui illustre le Kjellberg).

A noter que le musée Jacquemart-André (Chaalis) conserve une autre commode en tombeau estampillée Jacques Denizot.

Espace détente en forme de billet d’humeur

La partie plus personnelle qui suivait autrefois cette fiche a désormais sa propre page, afin de laisser ici toute sa place à l’étude de la commode, à Jacques Denizot et aux comparaisons documentaires qui s’y rapportent directement et laisser libre choix (car c'est un peu piquant... On vous aura prévenu) de poursuivre la lecture.

ESPACE DÉTENTE – BILLET D’HUMEUR

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