Très rare veilleuse tisanière en porcelaine polychrome et or représentant une Chinoise à l'éventail, revêtue d'un riche costume rose et d'une parure rehaussée d'or.
La figure, assise sur une base rocailleuse aux nuances vertes et ocre, porte un ample vêtement rose à motifs stylisés et un pantalon blanc orné de dessins géométriques verts et dorés. Le visage délicatement modelé, la coiffure noire relevée en chignon et les nombreuses dorures contribuent au caractère précieux et expressif de cette porcelaine.
Hauteur : 28,5 cm.
Très bel état général et superbe brillance de la porcelaine. À signaler un petit accident au sommet de la veilleuse, une ancienne et bonne restauration de l'éventail, quelques usures de frottement au dos de la tisanière (ne pas confondre avec les reflets consécutifs à l'éclairage), ainsi que l'anse du godet accidentée et recollée (à revoir).
Ce sujet de la Chinoise à l'éventail, d'un modèle particulièrement rare, est l'œuvre de Jacob Petit (1797-1868). Il témoigne de la mode des tisanières et des flacons à parfum à sujets exotiques, depuis la Restauration jusqu'au Second Empire : Chinois, Turcs, Grecs, Napolitains...
Constituées de deux parties emboîtées, la veilleuse puis la tisanière, ces figures sont si précieuses qu'on en viendrait à oublier qu'elles étaient réellement fonctionnelles. Ainsi, sur notre exemplaire, tandis que le chignon amovible fait office de bouchon de remplissage, l'éventail constitue un bec verseur habilement dissimulé. À l'intérieur de la veilleuse se trouve le godet destiné à recevoir la mèche.
Il est quelquefois peu aisé de distinguer certaines pièces appartenant à la manufacture de Bayeux de celles de certaines fabriques du Vieux Paris.
Nous avons ici affaire à un modèle de Jacob Petit, dont nous connaissons d'ailleurs le pendant : La tisanière au mandarin (se reporter, dans la documentation ci-dessous, au dossier de L'Estampille, Les tisanières de Jacob Petit, par Marie-Christine Delacroix).
Mais nous ne pouvons ignorer que ce grand décorateur sur porcelaine, qui fit ses débuts à Sèvres, séjourna à Bayeux à partir de 1850.
Michel Vasseur évoque cette collaboration dans son ouvrage La Porcelaine de Bayeux, page 92. Il y rappelle les relations entre François Gosse et Jacob Petit, qui s'étaient connus à Paris, et la venue de ce dernier à la manufacture de Bayeux. Quelques rares pièces signées témoignent de la qualité de son travail dans cette manufacture.
Ces sujets du Mandarin et de son épouse ont été déclinés en flacons à parfum, dans des modèles plus grands, avec notamment une variante de la Chinoise au miroir (voir la paire reproduite dans la documentation ci-dessous). Les mêmes moules ont servi à Bayeux ainsi qu'à Paris.
Les documents suivants permettent de rapprocher notre tisanière de plusieurs productions de Jacob Petit, certaines données pour Paris et d'autres pour Bayeux, ainsi que de flacons à parfum et de figures apparentées.
La tisanière au Mandarin - Jacob Petit - Paris.
La tisanière au Mandarin - Jacob Petit - Bayeux.
Flacons à parfum : le Mandarin et son épouse - Jacob Petit - Bayeux ou Paris.
Flacons à parfum : le Mandarin et son épouse - Jacob Petit - Bayeux.
Deux magots signés J.P. - Jacob Petit : le premier donné pour Paris, le second pour Bayeux.
Ici, ce sont bien les bouchons d'origine des flacons qui sont en porcelaine de Bayeux par Jacob Petit.
Exemple de fabrication atypique de Bayeux.
Paires de flacons aux Turcs - Jacob Petit - Paris.