BUREAU DE CHANGEUR A TRANSFORMATIONS

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Bureau plat et à caisson dit à culbute à façade galbée

en noyer massif mouluré et sculpté.

Travail du Bas Languedoc d'époque XVIIIè siècle.


Plus encore que rare, ce meuble de commande est très probablement unique.
Transposition provinciale des riches bureaux Mazarin des banquiers parisiens,
il a pour origine la boutique d'un changeur languedocien.

Il se présente dans un superbe état et une chatoyante finition cirée.

 

Provenance : un château près de Carcassonne.

 

Dimensions : 0,76 m de hauteur - (0,98 m ouvert)
x 1,52 m de longueur x 0,65 m largeur.
Passage de jambes : 0,60 m de haut au plus bas de la traverse x 0,49 m de large.

 

 

"Ce type de table mécanique dit « secrétaire à culbute », selon l'appellation originale, connut un grand succès dans les années 1750 et 1760 et découle de l'invention par Antoine Gaudreaux (vers 1680-1751) du premier secrétaire en dos d'âne livré pour Marie Leszczynska à Fontainebleau (1733). Roubo a d'ailleurs détaillé la construction des secrétaires à culbute dans son Encyclopédie publiée en 1774. Plusieurs secrétaires à culbute sont connus, conservés au château de Vendeuvre, au château de Brissac ou au musée Rolin d'Autun. D'autres portent notamment l'estampille de Bonnemain, de Gosselin ou de Boudin.
Apparu au milieu du XVIIIe siècle, ce type de meuble s'inscrit dans le goût des Lumières pour le mobilier à transformation et à mécanisme piquant la curiosité et permettant de multiplier les usages d'un même meuble. En témoignent quelques rares commodes se transformant en lit pour femme de chambre, les tables à la Bourgogne ou ces meubles à secrets dont les jeux de serrures sont composés de mécanismes complexes."
Source : Secrétaire à culbute par François Lesueur en merisier / Maison Marc-Arthur Kohn, vente du 15 Septembre 2012.

Bien que la confusion soit fréquente et presque admise (tant il est vrai que son profil évoque la capuche du moine), il faut le distinguer du bureau à capucin (ou à la Bourgogne) dont le gradin s'élève de face au moyen de ressorts. Ici le corps du gradin se renverse en pivotant sur l'arrière tandis que l'abattant s'ouvre vers l'avant pour former écritoire. Roubo le désigne aussi sous le terme de secrétaire mobile.

   
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L'abattant fermé, agencé dans un plateau à cadre à trois panneaux dont il compose le panneau central, n'est visible que par ses charnières, son entrée de serrure et sa clé, lorsqu'elle y est introduite.

 

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Il s'ouvre à 180 degrés, formant écriroire et découvrant le gradin.

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Deux compas en bois sur crémaillères peuvent alors se déplier, donnant à l'abattant une fonction de liseuse. On remarque la coquille Saint-Jacques sculptée sur la traverse et les entrées de serrure en fer ouvragé.

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Le corps du gradin s'élève et s'abaisse par un jeu de bascule, il est maintenu
ouvert par un loquet et une gâche en fer placés à l'arrière.

 

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Entièrement fabriqué en hêtre, le gradin renferme quatre petits tiroirs à champs galbés.

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Le bord du plateau est mouluré d'un bec-de-corbin, les façades de tiroir décreusées
les côtés du meuble généreusement moulurés de panneaux à plate bande.

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L'abattant ouvert découvre le gradin.

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Compas dépliés et posés sur les crémaillères en position de lutrin.

Le gradin culbuté en fonction de secrétaire.

 

 
Vue de face en position ouvert.

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Les planchers des tiroirs inférieurs montés à rainures et languettes
aux côtés dissimulent ingénieusement deux trappes secrètes.

Vue du dessus en position fermé, abattant ouvert.

Vue du dessus en position fermé, abattant fermé.

 

 
Les grosses serrures de sécurité en fer des caissons.

Le meuble, face arrière, gradin ouvert.

 

 

Anticstore Magazine
La table de changeur qui devient bureau.

"Avec l’expansion du commerce en Europe à partir du XIIIe siècle un métier prend de l’importance, celui de changeur. Afin de conserver en sécurité l’argent qu’il échange et monnaie auprès de ses clients, un meuble entièrement dévolu à ce métier est crée. Il s’agit de la table de changeur.

Epoque
Le métier de changeur apparaît au XIIIe siècle en Europe et se développe grâce au commerce florissant entre les différents pays et par la grande diversité des monnaies mises en circulation. La plupart des changeurs s’installent alors aux portes de la ville, de telle sorte que les commerçants étrangers et les voyageurs puissent échanger leur argent contre la monnaie locale. Avec le temps les changeurs établissent boutique dans un endroit déterminé, à Paris c’est sur le Grand-Pont, appelé par la suite le pont au Change.
Tout en vacant à ses activités de change de monnaie, le changeur a également une fonction publique. En effet, il rempli deux tâches principales pour exercer son métier. En tant qu’indépendant il procède à l’échange de différentes sortes de monnaies; en tant que fonctionnaire public il a pour mission de retirer de la circulation les fausses monnaies, celles qui n’existent plus ou qui sont trop abîmées et ont perdu de leur valeur. Seuls les changeurs peuvent retirer de la circulation des monnaies rognées et les revendre aux orfèvres. Cette activité est très importante pour la bonne économie du pays et est donc étroitement surveillée par les autorités. Pour éviter tout abus, le changeur doit peser et échanger chaque monnaie qu’on lui présente devant le client. En outre, il doit présenter au client un livre illustré mentionnant la valeur des monnaies autorisées et non autorisées.
Au Moyen-Âge, le métier de changeur devient de plus en plus important en Europe du Nord et principalement dans les Flandres et en Allemagne. Néanmoins les premiers changeurs viennent de Lombardie et c’est en Italie que ce commerce se développe et se modernise. Au XVe siècle, le métier de banquier apparaît avec l’invention majeure de la lettre de créance permettant aux commerçants d’échanger sans argent liquide. En Italie et dans toute l’Europe se diffuse ce nouveau système, permettant à des banquiers de s’enrichir et créant de grandes dynasties familiales telles que les Médicis, les Fugger ou les Rothschild.

Caractéristiques
La table de changeur connaît de très nombreuses évolutions en même temps que le métier de changeur se complexifie.
Au XIIIe siècle alors que les changeurs s’installent à un emplacement déterminé, le mobilier de la boutique est très simple. Il se compose simplement d’une table couverte d’un tapis, d’un banc, de balances et de livres de comptes. Ce matériel suffit à toutes leurs opérations qu’il s’agisse de l’échange de devises comme du rachat de monnaies n’ayant plus de valeur.
C’est au XVIe siècle qu’une véritable table de changeur est créée, dédiée à cette fonction et présentant des mécanismes de sécurité. En effet, elle est dotée d’un plateau supérieur coulissant grâce auquel une distance est créée entre le changeur et son client afin de prévenir le vol. La pesée et l’échange des monnaies se fait alors devant le client mais hors de portée de ce-dernier. La remise de la monnaie se fait quant à elle sur le plateau de la table, une fois celui-ci refermé. De plus cette première table de changeur possède de nombreux tiroirs secrets ou non, un coffre et une solide serrure. Le changeur peut alors conserver l’argent de ses clients en toute sécurité et dispose d’un outil parfaitement adapté à son travail. Pour finir, cette table est transportable afin de s’adapter à l’activité du changeur.
Au XVIIe siècle, la table de changeur se modernise et devient plus ouvragée. Ce n’est plus un meuble uniquement fonctionnel, les ébénistes cherchent maintenant à le rendre élégant. Les tables de changeur du XVIIe siècle se caractérisent par quatre pieds tournés, réunis par une entretoise trapézoïdale. Le large plateau rectangulaire ou hexagonal est toujours souligné d’un important tiroir. Les tables de changeur du XVIIe siècle présentent donc des formes plus élégantes que celles du XVIe siècle, elles peuvent être marquetées ou non de motifs décoratifs. Toutefois, elles restent toujours transportables et possèdent un large tiroir afin de conserver l’argent des clients et les outils indispensables au travail du changeur. Ces tables de changeur françaises prennent modèles sur les tables de changeur suisse, très courantes à cette époque. Un modèle plus rare, appelé bureau de changeur est inventé en France au XVIIe siècle. Sa forme totalement novatrice prend pour modèle le bureau Mazarin créé sous Louis XIV. Reposant sur huit pieds en boules aplaties, il présente une cavité centrale ouvrant par un vantail et de chaque côté deux caissons ouvrant par des tiroirs. Le plateau levé et la ceinture en façade abaissée laissent apparaître une cavité contenant deux profonds tiroirs permettant de garder l’argent en sécurité. Ce bureau de changeur Mazarin est destiné à de riches banquiers et luxueusement orné d’un frisage de bois précieux.
Les tables de changeur de modèle Suisse persistent au XVIIIe siècle sous leur forme traditionnelle. Cependant, le métier de changeur évolue rapidement vers celui de banquier durant cette période et le mobilier devient plus raffiné. Les tables se transforment en de véritables bureaux richement décorés dont les formes suivent maintenant l’évolution des styles. Au début du XVIIIe siècle, sous le style Louis XIV, le bureau de changeur en placage de bois précieux ouvre par de nombreux tiroirs, un caisson en façade et repose sur quatre pieds cambrés. Il est richement orné de bronzes dorés en filets, entrées de serrures, mascarons, sabots et poignées de tirages. Ce meuble évolue avec les styles. Sous Louis XV, le bureau plaqué de bois précieux repose sur de hauts pieds galbés et le plateau s’ouvre pour découvrir un ensemble de casiers et tiroirs. Par la suite, le bureau de changeur s’adapte au style Louis XVI en prenant la forme d’un bureau plat reposant sur des pieds gaine et ouvrant par des tiroirs en façade. Ce meuble suit la tendance des créations Louis XVI, il est plaqué de bois précieux (souvent de l’acajou) et orné de bronzes dorés."