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Important portrait de femme d'époque Régence - Cercle des Van Loo
École française - Cercle des Van Loo Un grand portrait d'apparat sous la RégenceImportant et rare portrait d'époque Régence représentant une jeune femme de la haute société. Présentée à mi-corps, elle nous fait face avec cette retenue et cette assurance propres aux grands portraits aristocratiques français du début du XVIIIe siècle. La richesse du costume contribue immédiatement au caractère spectaculaire de l'œuvre. La jeune femme porte une robe de soierie gris argent largement décolletée, dont le brocart aux motifs de fleurs et de feuillages est souligné par une fine dentelle blanche. Autour d'elle se déploient deux grandes masses colorées : le bleu profond du manteau et l'éclat rouge orangé de l'étoffe qui l'enveloppe et anime toute la composition. Ce jeu de couleurs, particulièrement puissant, n'enlève rien à la douceur du visage. Les carnations sont délicatement modelées, les joues légèrement rosées et la chevelure poudrée est simplement ornée d'une petite fleur bleue. La sobriété de cette physionomie contraste ainsi avec l'abondance des étoffes, des dentelles et des bijoux.
La virtuosité des étoffes et des mainsC'est évidemment dans le traitement des étoffes que le peintre déploie une grande partie de sa virtuosité. La soie rouge accroche la lumière par larges cassures, tandis que le manteau bleu nuit est parcouru de reflets bleu-vert qui en soulignent les plis et la profondeur. À l'opposé, le corsage gris argent est traité avec une minutie presque précieuse : fleurs, rinceaux, dentelles et rehauts clairs en animent toute la surface.
Le soin accordé aux mains est tout aussi remarquable. La main droite, largement découverte et placée au premier plan, retient souplement le manteau bleu. Les doigts sont individualisés sans sécheresse et leur modelé accompagne naturellement le mouvement de l'étoffe.
Ce raffinement n'est pas anodin. Dans le grand portrait aristocratique, la représentation des mains augmentait sensiblement la difficulté de l'exécution et, par conséquent, le prix de la commande. Ici, loin d'être accessoires, elles participent pleinement à l'élégance de la pose et à l'équilibre de la composition.
Cercle des Van LooAu premier regard, la date de l'œuvre, la richesse de la mise en scène et surtout la qualité des grands drapés pourraient naturellement évoquer l'univers de Nicolas de Largillière et de son atelier. Le portrait possède cependant une douceur différente, particulièrement perceptible dans le traitement du visage, qui nous rapproche davantage de la famille des Van Loo. Cette importante dynastie de peintres occupe une place considérable dans la peinture européenne des XVIIe et XVIIIe siècles. Jean-Baptiste Van Loo, son fils Carle Van Loo ou encore Jean-Michel Van Loo contribuèrent chacun, avec des personnalités différentes, au renouvellement du grand portrait aristocratique français. Pour notre tableau, il convient cependant de ne pas aller au-delà de ce que permet son étude : l'œuvre est donnée à l'École française, cercle des Van Loo, attribution qui nous a été confirmée par Éric Turquin. Sa datation nous situe à l'époque Régence. Une singulière anamorphose axiale - un « tableau de couloir »Ce portrait présente une particularité assez fascinante qui ne se révèle véritablement que lorsque l'on se déplace devant lui. Observé strictement de face, le visage de la jeune femme paraît légèrement dissymétrique. Mais cette impression se modifie très sensiblement lorsque le tableau est regardé de biais : les traits semblent alors retrouver un équilibre étonnant. Notre restaurateur, issu d'une ancienne famille de restaurateurs et de peintres, désigne ce procédé sous le terme d'« anamorphose axiale ». Il nous a conduits à considérer ce tableau comme ce que les amateurs appelaient autrefois un « tableau de couloir », c'est-à-dire une œuvre dont la composition aurait été pensée pour être découverte sous un angle oblique plutôt que frontalement.
Le tableau photographié sous différents angles avant dégagement des fonds. Ces tableaux étaient autrefois particulièrement appréciés des amateurs avertis et des grands collectionneurs. Ils avaient notamment la réputation d'être plus volontiers des œuvres de la main du maître que de simples productions d'atelier. La raison en serait assez logique : une composition destinée à corriger visuellement ses proportions depuis un point de vue déterminé supposait une conception particulière et une véritable maîtrise de la construction du portrait. Les photographies réalisées avant le dégagement des fonds permettent ici d'observer très concrètement le phénomène. Selon que l'on se place dans l'axe du tableau ou latéralement, la perception du visage change. Sans prétendre connaître aujourd'hui l'emplacement précis auquel cette œuvre était destinée, cette singularité invite en tout cas à ne pas considérer trop rapidement sa légère dissymétrie frontale comme une maladresse : elle pourrait au contraire avoir été volontairement liée à son point de vue d'origine. État de conservation et dimensionsLe tableau a été rentoilé au milieu du XVIIIe siècle et a conservé son ancien châssis. Cette intervention ancienne appartient désormais à l'histoire matérielle de l'œuvre. Il nous est parvenu recouvert d'importants repeints au vernis. Notre restaurateur a pu les supprimer sans affecter la couche picturale originale, permettant notamment de retrouver la profondeur des fonds, la fraîcheur des carnations et toute la richesse des étoffes. Le tableau a ensuite été reverni. École française - Cercle des Van Loo Attribution confirmée par Éric Turquin Époque Régence Châssis : hauteur 91,5 cm x largeur 73,5 cm Format 30 F
Documentation et œuvres de comparaisonLe rapprochement avec la famille des Van Loo peut être replacé dans le contexte du grand portrait de cour français de la première moitié du XVIIIe siècle. La représentation de Marie Leszczynska conservée au château de Versailles en fournit un intéressant témoignage par la monumentalité de la pose, la richesse des étoffes et le rôle donné aux grands drapés.
François Stiémart - Marie Leszczynska, reine de France Les deux portraits féminins de Nicolas de Largillière reproduits ci-dessous offrent un autre point de comparaison. Il ne s'agit naturellement pas d'étayer une attribution à Largillière, mais de montrer combien certains éléments de notre tableau appartiennent au même langage du grand portrait aristocratique : ampleur des étoffes, opposition de couleurs profondes, dentelles, bijoux, importance accordée aux mains et savante organisation des drapés autour du modèle.
Nicolas de Largillière - Portrait de femme à la robe bleue
Nicolas de Largillière - Portrait de femme à la robe bleue |