Antiquités Philippe Glédel
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Saint Mammès de Césarée - École italienne du XVIIe siècle

Saint Mammès de Césarée après son martyre entouré d'animaux, école italienne du XVIIe siècle, vue avec cadre à cassetta

Rare représentation picturale de saint Mammès de Césarée, dit aussi saint Mamas

Huile sur panneau de noyer représentant saint Mammès de Césarée, jeune martyr chrétien de Cappadoce dont la légende connut une importante diffusion en Orient comme en Occident.

Le saint est représenté au premier plan, étendu au pied d'un arbre après son supplice. La plaie ouverte de son abdomen est visible sous sa main gauche, tandis que son regard se tourne vers le ciel et que sa main droite se lève dans un geste d'invocation. Autour de lui apparaissent les animaux associés à sa légende (notamment le lion sur lequel il est souvent représenté assis) ; à gauche, le paysage s'ouvre vers une vallée, plusieurs petites figures et, dans le lointain, une cité dominée par une montagne.

L'intérêt de cette composition tient précisément à cette construction narrative. Le peintre ne paraît pas avoir représenté un seul instant de la vie de Mammès : il semble au contraire avoir réuni dans une même image plusieurs épisodes de sa légende, depuis sa retraite parmi les animaux jusqu'à son martyre.

Saint Mammès, jeune martyr de Cappadoce

Selon la tradition hagiographique, Mammès, ou Mamas, serait né vers le milieu du IIIe siècle en Cappadoce, dans l'actuelle Turquie. Ses parents, chrétiens emprisonnés pour leur foi, moururent alors qu'il était encore enfant. Il fut recueilli par une riche chrétienne nommée Ammia, qui l'éleva.

Devenu adolescent, Mammès professa ouvertement sa foi chrétienne et attira l'attention des autorités. Les différents supplices auxquels il aurait été soumis occupent une place importante dans sa légende : le feu ne l'atteint pas, il échappe à la noyade et les fauves auxquels on le livre refusent de le dévorer.

Miraculeusement soustrait à ses persécuteurs, il se serait réfugié dans la montagne proche de Césarée. Les animaux sauvages venaient alors auprès de lui et se laissaient apprivoiser. Lions, chèvres et moutons devinrent ainsi étroitement associés à son histoire et à son iconographie.

Finalement repris et condamné, le jeune martyr aurait été mortellement blessé à l'abdomen par un trident. Selon la légende, il parvint encore à gagner une grotte où il mourut vers 275.

Saint Mammès de Césarée étendu après son supplice dans un paysage peuplé d'animaux

Plusieurs épisodes de la légende réunis dans une même image

Au premier plan se déroule l'ultime épisode. Mammès vient d'être frappé : la blessure de l'abdomen est bien visible et le jeune saint, encore conscient, tourne les yeux vers le ciel. Son visage fortement éclairé, sa tête oréolée, sa main ouverte et la blancheur de ses vêtements attirent immédiatement le regard au milieu d'une composition volontairement sombre.

Mais derrière cette scène principale, le peintre développe une seconde narration. Dans la partie gauche du tableau, plusieurs animaux (un gros chien de berger avec son large collier, un lion, des chèvres et des moutons) peuplent le paysage. Ils paraissent rappeler la retraite de Mammès dans la montagne et cette vie parmi les bêtes qui constitue l'un des épisodes les plus singuliers de sa légende.

La composition fait ainsi coexister plusieurs temps du récit : la vie solitaire du jeune chrétien parmi les animaux, sa persécution et, au premier plan, l'issue tragique de son martyre. Le paysage n'est donc probablement pas un simple arrière-plan décoratif : il participe directement à la narration.

Détail de saint Mammès de Césarée après son martyre, plaie à l'abdomen, regard levé vers le ciel

Le martyr et son dernier regard

Ce détail permet de comprendre beaucoup mieux la scène. La blessure, discrète dans la vue générale, est volontairement représentée à l'abdomen, là où Mammès aurait reçu le coup de trident qui devait lui être fatal. Le peintre n'a pourtant rien donné de spectaculaire ou de sanglant à son martyre : toute l'expression est concentrée dans le visage du jeune saint.

Le regard tourné vers le ciel et la main levée transforment ainsi la scène de mort en image de dévotion. Le corps demeure encore dans le monde terrestre, au milieu du paysage et des animaux, tandis que le visage et le geste conduisent déjà le regard vers le ciel.

Détail du tableau de saint Mammès, animaux rassemblés derrière le jeune martyr

Les animaux, compagnons de saint Mammès

Dans la pénombre derrière le saint se devinent plusieurs animaux. Leur présence n'est nullement anecdotique. Mammès est traditionnellement associé aux bêtes sauvages qu'il aurait apprivoisées pendant sa retraite dans la montagne, au point d'être parfois représenté comme un jeune berger entouré de son étrange troupeau.

Le peintre joue ici sur l'opposition entre ces silhouettes animales volontairement fondues dans le paysage et le corps clair du martyr. Elles constituent à la fois les témoins silencieux de sa mort et le rappel de l'épisode qui l'identifie immédiatement dans la tradition chrétienne.

Détail du paysage de saint Mammès avec personnages animaux et cité au pied d'une montagne

Césarée dans le lointain ?

Le détail du paysage mérite une attention particulière. Au-delà des animaux et des petites figures disposées au second plan, une cité apparaît dans le lointain, au pied d'un important relief montagneux. Dans une composition entièrement consacrée à la légende de saint Mammès, il est tentant d'y voir une évocation de Césarée de Cappadoce, la ville à laquelle son histoire et son martyre sont étroitement attachés.

Il ne s'agit naturellement pas d'une représentation topographique : le peintre du XVIIe siècle compose un paysage imaginaire selon les conventions de son temps. Mais la présence volontaire de cette ville lointaine prend tout son sens dans une œuvre qui paraît précisément multiplier les références aux différents épisodes de la vie du saint. Césarée pourrait ainsi constituer le dernier élément permettant de relier le paysage au récit.

Revers du panneau de noyer du tableau de saint Mammès de Césarée

État, cadre et dimensions

Huile sur panneau de noyer. Le tableau se présente en excellent état de conservation, sans repeints importants, et a été revu par notre restauratrice.

Il est présenté dans un cadre à cassetta du XIXe siècle, à fond sombre rehaussé d'ornements dorés, dont le caractère italien accompagne particulièrement bien la peinture.

École italienne du XVIIe siècle.


Dimensions :

Panneau : 32,5 cm x 23,5 cm.

Cadre : 41,5 cm x 32,5 cm.

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