Antiquités Philippe Glédel
TABLEAUX
Léon Joubert, Chinon depuis le bord de la Vienne, grande huile sur toile dans son cadre

Léon Joubert - Chinon depuis le bord de la Vienne

Grande huile sur toile signée Léon Joubert
École française - XIXe siècle

Chinon depuis les rives de la Vienne

Léon Joubert choisit ici l'un des plus beaux points de vue sur Chinon : depuis la rive de la Vienne, la forteresse apparaît dans le lointain, étirée sur son éperon rocheux et dominant la ville dont les maisons se devinent à ses pieds.

Pourtant, le château n'occupe volontairement qu'une place relativement modeste dans la composition. Joubert en fait moins le sujet exclusif du tableau que l'aboutissement d'un véritable paysage de rivière. La Vienne, calme et largement ouverte, conduit le regard vers la ville, tandis qu'une haute rangée de peupliers accompagne la rive droite et structure toute la composition.

Un étroit chemin serpente sous les arbres et disparaît progressivement dans le lointain. Les troncs clairs et presque parallèles des peupliers forment une sorte de rideau vertical qui contraste avec l'horizontalité de la rivière et des collines. Par ce dispositif très simple, Joubert donne une profondeur remarquable à la scène et invite littéralement le regard à suivre le chemin jusqu'à Chinon.

La lumière est douce, presque voilée. Les bleus et les mauves du ciel et de l'eau répondent aux verts de la rive et des feuillages, tandis que les tons rosés du chemin et des troncs viennent réchauffer l'ensemble. La forteresse elle-même, traitée dans des tonalités légèrement ocrées, se détache discrètement sur les collines bleutées.

Un paysage construit entre rivière, chemin et peupliers

La composition est particulièrement caractéristique de l'art de Léon Joubert. Le peintre ne cherche pas une vue topographique sèche : il organise le site afin d'en faire avant tout un paysage. La ville et son monument historique deviennent l'un des éléments d'une nature beaucoup plus vaste.

Le premier plan est presque entièrement consacré à la végétation. La berge, les herbes et les buissons sont peints avec une touche libre, tandis que les feuillages des peupliers se dissolvent par endroits dans le ciel. À mesure que le regard s'éloigne, la touche devient plus légère et les formes moins précises, jusqu'au château dont la silhouette suffit à identifier immédiatement Chinon.

Cette manière de construire un paysage autour d'un cours d'eau, en plaçant une ville, un village ou un monument dans le lointain, se retrouve fréquemment dans l'œuvre de Joubert. Vétheuil, Avignon, Villeneuve-lès-Avignon ou d'autres villes riveraines lui fournirent ainsi des sujets où l'architecture se fond dans la nature plutôt qu'elle ne la domine.

Léon Joubert, vue de Chinon et de la forteresse depuis la rive de la Vienne, toile sans son cadre

Vue complète de la toile : la Vienne, les peupliers et la forteresse de Chinon dans le lointain.

Détail de la peinture de Léon Joubert montrant la Vienne, le chemin bordé de peupliers et la forteresse de Chinon

Détail du centre du tableau : la forteresse de Chinon domine la Vienne.

Léon Joubert, paysagiste de la seconde moitié du XIXe siècle

Léon Joubert naît à Quimper en 1851 et meurt à Paris en 1928. Il se forme auprès de Léon Germain Pelouse, Fernand Cormon et Adolphe Guillon. Il expose régulièrement au Salon des Artistes français à partir de 1876 et poursuit cette activité pendant plusieurs décennies.

Sa formation auprès de Léon Germain Pelouse est essentielle pour comprendre son œuvre. Chef de file des paysagistes des Vaux-de-Cernay, Pelouse appartient à cette génération qui prolonge les recherches de la tradition de Barbizon tout en donnant une place croissante à l'étude directe de la lumière et de la nature. Joubert en retient le goût du paysage observé, des grands arbres, des rivières et des horizons largement ouverts.

Son œuvre conserve également quelque chose de la grande tradition paysagiste de Corot : non par imitation directe, mais dans cette volonté de faire d'un site réel un paysage harmonieux où l'atmosphère, l'eau et les arbres comptent autant que le motif architectural. Au fil de sa carrière, sa touche s'allège et sa palette s'éclaircit, rapprochant certains de ses paysages des recherches de la fin du XIXe siècle.

Joubert affectionne particulièrement les villes et villages établis au bord des fleuves et des rivières. Ce sont aujourd'hui encore parmi ses compositions les plus caractéristiques : le peintre y associe un site identifiable à une étude beaucoup plus sensible des reflets, des arbres et des variations de lumière. Notre vue de Chinon appartient pleinement à cette veine.

Documentation sur Léon Joubert, notices Bénézit et Akoun consacrées au peintre paysagiste

Documentation : notices consacrées à Léon Joubert dans le Bénézit et l'Akoun.

Le musée des Beaux-Arts de Quimper conserve notamment une importante œuvre de Léon Joubert, Le chemin de Rustéphan sous la neige, témoignage de la place qu'occupe le paysage dans toute sa carrière.

Signature, état et dimensions

L'œuvre est signée L. Joubert en bas à droite. La toile et son châssis à clés sont parfaitement d'origine et ne présentent pas de restauration.

Signature L. Joubert en bas à droite de la vue de Chinon depuis la Vienne

Signature L. Joubert en bas à droite.

Léon Joubert (Quimper 1851 - Paris 1928)

Chinon depuis le bord de la Vienne

Huile sur toile signée en bas à droite

Châssis : 92 x 65 cm

Cadre : 116 x 88 cm

Revers du tableau de Léon Joubert, Chinon depuis le bord de la Vienne, montrant la toile et le châssis à clés d'origine

Revers du tableau : toile et châssis à clés d'origine.

Documentation : les paysages de rivière de Léon Joubert

Plusieurs œuvres passées sur le marché permettent de mesurer combien les paysages de rivière et les vues de villes constituent une part importante de l'œuvre de Joubert. Vétheuil revient notamment à plusieurs reprises dans sa production, de même que les rives de la Seine, Avignon et Villeneuve-lès-Avignon.

Documentation Artprice, Léon Joubert, Vue de Vétheuil sur Seine

Documentation de marché : Léon Joubert, Vue de Vétheuil sur Seine.

Documentation Artprice présentant plusieurs paysages de Léon Joubert, vues de Vétheuil, Avignon et bords de rivière

Quelques paysages de Léon Joubert documentés sur le marché de l'art : vues de villes et villages, rivières et paysages.

Chinon : permanence d'un point de vue

Les photographies modernes et la gravure ancienne réunies ci-dessous permettent de reconnaître sans difficulté la longue silhouette de la forteresse dominant la Vienne. Elles montrent également combien Joubert a respecté la physionomie générale du site tout en choisissant un cadrage dans lequel la rivière et les arbres prennent une place prépondérante.

Documentation ancienne et photographies comparant la forteresse de Chinon et la Vienne au motif peint par Léon Joubert

Photographies et gravure ancienne représentant Chinon depuis les bords de la Vienne.

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