|
|
VENDU
Table à jeux en amarante ébène et ivoire
|
|
|
DescriptionRare table à jeux en bureau d'époque Régence de grande qualité. Plaquée d'épaisses feuilles d'amarante, elle ouvre par deux tiroirs, dits chétrons, en côtés et un dessus amovible, bloqué par un système mécanique à bouton poussoir, foncé d'un cuir sur son parement à bordures et d'un damier plaqué d'ébène et marqueté d'ivoire en contreparement. Le plateau ôté découvre un jeu de trictrac en ébène et ivoire. Cette table remarquable fait donc à la fois office de petit bureau, voire de table à cabaret, mais surtout de table à jeux de cartes, de jeux de dames et d'échecs — rappelons que dans la première moitié du XVIIIe siècle le même damier de soixante-quatre cases était utilisé pour les deux — et enfin de jeu de trictrac. Elle est proposée avec un jeu d'échecs en buis et bois noirci, ses dames de trictrac en buis et ébène, ses pions de dames en ébène et ivoire et deux cornets en cuir. Entièrement recouverte d'un placage d'amarante sur un bâti de qualité en hêtre, pour les pieds et caissons de tiroirs, et de sapin, elle présente en ceinture de rares et puissants galbes en élévation et une très élégante ligne de pied avec un bel épaulement. Le meuble est paré d'une ornementation de bronzes dorés très finement ciselés : un important mascaron de Cérès sur chacune des ceintures de façade, quatre chutes d'angle à décor de cartouches, coquilles, oves et fonds réticulés, quatre sabots enveloppants dits « en chausson » à décor de palmettes et enroulements d'acanthe, et enfin deux petites poignées de tirage à rosaces. La table se présente dans un superbe état d'origine, tant de bâti que de placage, avec ses bronzes d'époque, le tout sublimé par une belle dorure et une méticuleuse finition en poli ciré, selon la formule transcrite par Roubo et retrouvée par notre ébéniste. Ce meuble d'un grand raffinement est représentatif des plus charmantes réalisations de la période Régence. Travail parisien d'époque Régence, par François Lieutaud
(Rappelons que l'estampille n'était pas couramment utilisée à l'époque Régence puisqu'en effet elle ne constituait aucunement une obligation avant 1743, et qu'elle n'était pas — et ne fut jamais — d'usage dans le cadre d'une commande de mercier.) |
|
|
François LieutaudLIEUTAUD François (1665 - 1748), ébéniste d'origine marseillaise qui reçut ses lettres de maîtrise à Paris à la fin du XVIIe siècle et fut actif sous Louis XIV et la Régence. Il travailla dans l'enclos privilégié du cloître Saint-Jean-de-Latran, où travaillait également Philippe Poitou le fils, et Louis XIV lui accorda le rare privilège de pouvoir créer et fabriquer les bronzes de ses meubles ; à cette époque, la corporation des bronziers-fondeurs s'en arrogeait en effet l'exclusivité. Nous savons aussi qu'il œuvra en collaboration avec Noël Gérard, qui était également marchand mercier, mais aussi avec Charles Cressent et même André-Charles Boulle, qui le désigna comme son expert personnel au cours d'un procès en 1719. Il est à l'origine d'une dynastie d'ébénistes puisque son fils Charles ainsi que son petit-fils Balthazar, célèbre pour ses régulateurs, exerceront le même métier. Longtemps demeuré inconnu des historiens de l'art du fait de son estampille aux simples initiales — rappelons que l'usage de l'estampille ne fut réglementé et répandu que seulement durant l'époque Louis XV — il figure parmi les plus grands ébénistes de son temps. Pour en savoir plus : François Lieutaud sur Anticstore. |
|
|
L'amarante
Amarante (Peltogyne venosa). Arbre entre 38 et 45 mètres de hauteur donnant un bois de cœur violet plus ou moins foncé s'accentuant lentement avec le temps pour devenir parfois brun sombre à l'air et à la lumière. Grain fin et fil droit parfois légèrement ondulé. Séchage normal, belles finitions. Bois lourd et dur, de densité 0,85 (850 kg/m3), bonne durabilité. Sa couleur prédispose ce bois à des utilisations en décoration et en ébénisterie — tournage, sculpture, objets d'art — mais il convient aussi pour les meubles massifs et la menuiserie intérieure, les instruments de musique, queues de billard et manches d'outils. On observe différentes variations de couleurs de l'amarante dans son processus d'oxydation. Ces couleurs peuvent se fixer à n'importe quel stade, les scientifiques en cherchent toujours la raison. Le placage d'amarante a été principalement utilisé par les grands ébénistes du temps de la Régence, tels que Pierre II Migeon et Charles Cressent qui en parent alors nombre de leurs commodes. « Dans l'histoire du mobilier, le placage unique de bois d'amarante correspond à une période très courte du mobilier parisien. On situe la durée de cette mode à environ 5 ans, autour des années 1720. Le bâti en résineux, essence composant notre bureau, est caractéristique des fabrications des ébénistes parisiens de la période Régence, habitude de construction issue de la période Louis XIV. » Propos de l'Etude Berger et Associés, tirés du descriptif d'un bureau plat Régence en bois d'amarante (estimation 25-30.000 € / vendu 62.000 €), donné pour « Travail parisien dans l'entourage de Noël Gérard » mais où une possible attribution à François Lieutaud est évoquée.
« Trois à quatre ébénistes parisiens de renom dans les années 1720 sont capables de réaliser ce type de bureau. André-Charles Boulle et Charles Cressent, tous les deux sculpteurs fondeurs, laisseront une empreinte majeure dans les ornements de bronze. Les chutes de notre bureau composées d'une tête de femme sont une variante des têtes de satyre innovées par Boulle et des chutes à têtes d'indiennes créées par Cressent et figurant souvent sur leurs bureaux. Noël Gérard est un ébéniste contemporain des deux maîtres précédents, moins connu, mais qui nous a laissé lui aussi des chefs d'œuvre. Le bronze en tablier ornant notre bureau et figurant “La Justice” est un bronze très souvent utilisé par Noël Gérard. Des chutes à têtes de femmes proches sont aussi connues sur d'autres bureaux de Noël Gérard. Un autre maître ébéniste du nom de Lieutaud est également à citer car ce dernier a souvent utilisé les superbes sabots en chausson à feuilles d'acanthe croisée que nous retrouvons aussi dans la production de Noël Gérard. Lieutaud a lui aussi orné des commodes et des bureaux avec des chutes à têtes de femmes. » |
|
|
DimensionsHauteur : 75,5 cm - Longueur : 83,5 cm - Largeur : 61,5 cm. |
|
|
Vues de la table
Vue de profil gauche.
Vue de face.
Profil gauche.
Profil droit.
Vue de trois quarts droit.
Vue de côté.
Autre vue de face.
Vue du côté gauche.
La table ouverte avec ses jeux.
Échiquier et jeu de trictrac.
Le plateau amovible.
L'échiquier et le trictrac.
Le jeu de dames.
Vue avec les pions de dames.
La table ouverte, plateau posé.
Détail des bronzes d'ornement. |
|
|
Documentation
Table Régence en placage d'amarante attribuée à Lieutaud Semblable table à jeux parue sur Anticstore et fort justement attribuée à Lieutaud ; en outre les entrées de serrure losangées de ses tiroirs équivalent quasiment à une signature. À noter qu'elle porte l'estampille de son petit-fils, Balthazar Lieutaud, spécialiste des caisses de régulateurs sous Louis XV et Louis XVI, et nous pouvons sans peine imaginer qu'il l'aura ou récupéré dans les stocks familiaux ou restaurée ou simplement repolie à la demande d'un client et y aura posé son estampille (et l'on connaît ainsi une commode Régence passée chez Christie's, de l'ancienne collection Hubert de Givenchy, portant l'estampille de Balthazar, mais bien attribuée à son grand-père, François Lieutaud). Ce modèle est tellement semblable au nôtre, jusque dans le grain et les veines de son placage, que notre ébéniste est convaincu que les deux tables ont été fabriquées ensemble dans le cadre d'une petite série de commande. Il faut cependant noter sur cette dernière une plus riche parure de bronze qui s'observe par de remarquables chutes en espagnolettes.
Table Régence en placage de palissandre attribuée à Pierre II Migeon Il est fort intéressant de signaler un autre modèle en vente aux USA qui cette fois ne varie que par le choix du placage, palissandre en lieu et place d'amarante, car sa garniture de bronze est exactement similaire. Notre antiquaire américain ne se trompe pas de beaucoup en l'attribuant à Migeon, mais quand bien même elle porterait une estampille de Pierre II Migeon, ce qui serait d'ailleurs tout sauf une surprise, nous demeurerions convaincu, et tel que nous l'avons été au premier coup d'œil pour la nôtre, que ces trois tables sont toutes sorties de l'atelier de François Lieutaud, donnant donc définitivement raison à notre ébéniste qui voit là un travail de série. Rappelons que Pierre II Migeon, s'il était lui-même un maître habile, était surtout un grand marchand mercier fournisseur de la Couronne et qui a en quelque sorte créé « le goût Migeon », cela en s'entourant des meilleurs ébénistes de son temps : Jacques Dautriche, Roger Vandercruse, Joseph Canabas, Jean-Baptiste Bircklé, Pierre Macret, Etienne Doirat et enfin François Lieutaud. Ainsi nous connaissons toute une série de meubles de toilette destinés aux résidences royales portant l'estampille de Migeon qui sont indiscutablement des œuvres de Canabas, et nous pensons raisonnablement qu'il en a été de même, dans le cadre d'un partenariat avec Lieutaud, pour toute une série de tables de trictrac.
Commode Régence en placage d'amarante estampillée FL pour François Lieutaud Notre commode Régence plaquée d'amarante avec laquelle la parenté est évidente, notamment par l'utilisation unique d'amarante, la puissance des lignes et enfin l'utilisation d'une ornementation de bronze à la fois riche et exclusive. |
|
|
| © ANTIQUITÉS PHILIPPE GLÉDEL - TOUS DROITS RÉSERVÉS 1998 / 2026 |