Antiquités Philippe Glédel
VENDU

Très riche et très rare fauteuil de cabinet
en hêtre foncé de canne
d’époque Régence

Fauteuil de cabinet d’époque Régence en hêtre foncé de canne, vue de face
Siège richement sculpté, aux lignes encore héritées de Louis XIV
et annonçant déjà le style Louis XV.

Époque Régence, avant 1720.

Un fauteuil de cabinet au début de la Régence

Superbe témoignage de cette période de transition, aussi courte que féconde, que constitue la Régence, entre rigueur et académisme du Grand Siècle et naturalisme et fantaisie du Siècle des Lumières, ce siège possède des lignes majestueuses où s’exprime la grâce de la Régence encore empreinte de classicisme.

La luxuriance de la sculpture, tempérée par une parfaite symétrie, lui confère une grande distinction. L’influence de l’ornemaniste Pierre Lepautre est manifeste et permet de le situer très tôt dans la période, avant 1720.

On note en effet l’implantation haute des bras d’accotoirs sans manchettes, placés en retrait et dotés d’un gracieux mouvement en console renversée, la cambrure encore légère des pieds, la découpe droite du petit dossier ainsi que celle des montants : autant de réminiscences de l’époque Louis XIV.

Déjà cependant, l’entretoise a disparu. La traverse antérieure, tout comme le grand dossier, adopte une découpe en arc. Les montants du dossier se terminent par un épaulement saillant typique des premières années de la Régence, tandis que les consoles d’accotoirs présentent un beau chantournement qui préfigure le « coup de fouet » du style Louis XV à venir.

Le terme « petit dossier » désigne la traverse inférieure du dossier et « grand dossier » la traverse supérieure.

La sculpture et la qualité d’exécution

La sculpture, magnifiquement déliée, se désolidarise de la rigidité du cadre et, pour reprendre l’expression de Roger Verdier, elle court sans entraves sur la surface des bois avec une luxuriance savamment distillée.

Exceptionnelle de finesse et de nervosité, elle est également remarquablement ourlée et parfaitement dégagée pour un siège aussi tôt dans le siècle.

Ce fauteuil possède toutes les caractéristiques du fauteuil de cabinet, placé à l’opposé du fauteuil de bureau, et il y a tout lieu de penser qu’il ne faisait pas partie d’une paire. Ses dimensions généreuses, l’essence de bois employée, la profusion et la qualité d’exécution de la sculpture indiquent un siège de commande, fabriqué pour une riche demeure dans l’un des meilleurs ateliers de la capitale.

Aux amateurs qui s’étonneraient qu’un si beau siège ne soit pas estampillé, rappelons qu’à cette époque l’estampille n’était pas encore d’un usage établi. Sageot, Gaudreaux et Doirat comptent parmi les premiers ébénistes à avoir marqué certains meubles vers la fin de la Régence ; la marque de Jurande JME n’apparaîtra que plus tard, et l’usage de l’estampille ne se généralisera chez les grands menuisiers en sièges qu’au milieu du XVIIIe siècle.

Documentation et comparaison

Fauteuil Régence, première vue comparative Fauteuil Régence, seconde vue comparative

Deux vues comparatives permettant d’apprécier les formes et la sculpture des sièges Régence.

Dans son ouvrage Le Style Régence, Roger Verdier étudie un fauteuil de cabinet assez ressemblant et de même époque. La confrontation entre les deux sièges permet de mieux mesurer l’exceptionnelle richesse de sculpture du présent exemplaire.
Fauteuil de cabinet d’époque Régence du Musée des Arts Décoratifs, document de comparaison

Détails du dossier et des accotoirs

Fauteuil Régence en hêtre canné, détails du dossier et des accotoirs

A. Le très bel épaulement du dossier, ourlé d’un mouvement en S ponctué de crossettes.

B. L’ornementation à double coquille du bout d’accotoir se prolongeant par un entrelacs ponctué d’un fleuron.

C. Les sculptures de fleurettes à la base du petit dossier et, plus encore, à l’écoinçon des montants et du petit dossier.

D. La rosace quadrifoliée sculptée dans une élégie pratiquée à l’attache du dossier.

Traverse antérieure et pieds

Fauteuil Régence en hêtre canné, détail de la traverse antérieure et des pieds

A. Le motif central de la traverse antérieure, en forme de C affrontés bordés d’un perlé et coiffés d’une coquille en palmette, le tout souligné d’un cartouche.

B. De part et d’autre, deux fleurettes en fort relief soulignées d’une fine réserve incisée.

C. Le rappel de ces fleurettes parmi les arabesques des pieds antérieurs, où s’étirent coquilles concaves et coquilles en palmettes, mouvements en C ponctués de crossettes et ourlés de collerettes festonnées, fleurons et feuillages.

Profil, châssis et confort

Fauteuil Régence, détail du châssis et du profil gauche Fauteuil Régence, détail du profil droit et des pieds postérieurs

A. Le chantournement du châssis épouse celui de la traverse antérieure et coiffe, par un ressaut, celui des pieds avant.

B. Le dévers d’environ 11 cm du large dossier assure un remarquable confort.

C. Les traverses de côté sont sculptées de rinceaux fleuronnés.

D. Les pieds postérieurs sont eux-mêmes achevés par une sculpture d’acanthes.

Dimensions : 106 cm de hauteur × 61 cm de largeur × 53 cm de profondeur.

État de conservation

Ce fauteuil, bien au-delà de sa fonction de pièce de mobilier, se regarde comme une œuvre d’art. Malgré son grand âge, il se présente dans un état d’origine des bois remarquable.

La canne, ancienne, est elle aussi en très bon état. Le fauteuil est agrémenté d’un ancien coussin en galette garni toutes faces d’un lampas de soie à décor de branchages fleuris.

Époque Régence, avant 1720.

Fauteuil de cabinet d’époque Régence en hêtre canné, vue d’ensemble avec coussin
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