Très rare salon de quatre fauteuils Transition
à pieds en console
estampillés Georges Jacob
Paris, vers 1770
Mobilier de salon composé de quatre fauteuils en hêtre
mouluré, sculpté et laqué crème,
à dossiers raquette en cabriolet et assises circulaires.
Époque fin Louis XV.
Georges Jacob et le siège Transition
Georges Jacob, fondateur de la lignée, venu de Bourgogne, accède à la maîtrise comme menuisier en sièges en 1765, après un apprentissage chez Louis Delanois, autre grand maître de la menuiserie en sièges du milieu du XVIIIe siècle. Dès 1773, il travaille pour le Garde-Meuble de la Couronne, collaboration qui ne sera interrompue que par la Révolution.
Sa clientèle est des plus brillantes : Marie-Antoinette, le roi et la famille royale, le comte de Provence, le comte d’Artois, les princes de Condé, le prince de Conti, le duc de Penthièvre, mais aussi plusieurs cours étrangères, notamment le prince de Galles, la cour de Suède ou encore l’Électeur de Bavière.
Fauteuil de la suite, modèle à pieds en console.
Hauteur : 91 cm — Largeur : 61 cm — Profondeur : 54 cm
Un rare salon à pieds en console
Ce salon est composé de quatre fauteuils en hêtre mouluré, sculpté et laqué crème, à dossiers raquette en cabriolet et assises circulaires, de style Transition Louis XV-Louis XVI. Il s’agit d’un travail parisien de Georges Jacob vers 1770, à la fin du règne de Louis XV.
Ces modèles en console sont souvent dits « du comte d’Artois », plusieurs ayant été destinés à meubler les résidences du frère cadet de Louis XVI, notamment Bagatelle, le Palais du Temple et les châteaux de Saint-Germain et de Maisons. On en rencontre également dans l’entourage de sa jeune sœur, Madame Élisabeth. L’expression plus générale « à la d’Artois » désigne toutefois surtout les sièges à dossier médaillon et châssis circulaire, d’après le modèle de Blanchard exécuté à la demande du prince.
Le modèle présenté ici est particulièrement remarquable par ses accotoirs « en console renversée » et ses pieds en console, formule dont l’invention est traditionnellement associée à Georges Jacob. Supports d’accotoirs et pieds sont sculptés d’un même motif d’enroulement d’acanthe en palmette.
Les dés de raccordement sont sculptés d’un fleuron à l’avant et de pastilles au dos. Des enroulements soulignent la jonction des montants avec le petit dossier, tandis qu’une rosace inscrite dans un triangle marque la rencontre des bras d’accotoirs et du dossier.
Les ceintures circulaires, évidées à l’intérieur, constituent avec le dessin du pied en console et le motif triangulaire à rosace un ensemble de caractères particulièrement associés aux sièges de Georges Jacob. Ces trois éléments conjugués permettent de reconnaître immédiatement sa manière, indépendamment même des estampilles.
Les sièges de ce type sont rares sur le marché et figurent dans de grandes collections publiques et privées. Un fauteuil du Philadelphia Museum of Art, provenant de l’ancienne collection Eleanor Elkins Widener Rice, présente un modèle extrêmement proche ; d’autres exemples ont appartenu à la collection Arturo Lopez et, plus récemment, à la collection Hubert de Givenchy. La présence d’une suite homogène de quatre fauteuils ajoute encore à l’intérêt de cet ensemble.
Très proches de la paire conservée au musée Carnavalet, nos sièges s’en distinguent notamment par la présence du fleuron caractéristique de Jacob et par leurs estampilles.
Âgés d’un peu plus de deux siècles et demi, ils se présentent dans un remarquable état de conservation : fûts sans entures, ceintures sans renforts excepté pour un siège, et laque ancienne avec ses usures et reprises. Ils ont été regarnis par notre tapissier et recouverts d’un velours de la Maison Lelièvre à Paris.
Estampilles de Georges Jacob relevées sur les fauteuils.
Vues et détails des fauteuils
Le pied en console : une création emblématique de Georges Jacob
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« Arrive à ce moment l’époque Louis XVI, avec sa grâce un peu mièvre. JACOB va inventer — et exécuter presque seul entre tous ses confrères — les sièges à pieds “console” qui conserveront quelque chose des galbes incurvés du Louis XV.
Ces meubles sont, généralement, des chefs-d’œuvre d’exécution, car le pied console, en soi, est disgracieux et lourd ; les quelques concurrents de JACOB qui se sont essayés dans cette voie n’ont produit, sauf exception, que des œuvres épaisses et sans grâce. JACOB a su donner à la console une ligne plus effilée, plus affinée. Le fauteuil (fig. B) est très caractéristique des premières productions de ce type… |
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Jean Nicolay — L’art et la manière des maîtres ébénistes français au XVIIIe siècle |
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Comparatif avec un siège du musée Carnavalet.
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« Il existe un certain nombre de fauteuils portant son estampille, presque tous en cabriolets, à dossier complètement cintré, à bras en console renversée ramenés vers le centre, à ceinture nettement arrêtée, que supportent des pieds en console, terminés par des sortes de toupies. Ces meubles sont pour la plupart munis, à la rencontre des bras et du dossier, d’un triangle décoré d’une rosace, et comportent déjà, dans la ceinture au-dessus des pieds, un carré ou “case”, orné d’une rosace… cette case va devenir de règle à l’intersection de la ceinture et des pieds sur les lits et les sièges pendant un quart de siècle. » Pierre Verlet — Les meubles français du XVIIIe siècle |
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« Les sièges Transition, où les derniers feux de la rocaille rencontrent le répertoire à l’antique, sont assez nombreux dans la production de Jacob… Certains d’entre eux, portés par des pieds en console, appartiennent à un style néo-classique déjà bien évolué, même lorsque leur dossier ou leurs accotoirs conservent le galbe des sièges cabriolets Louis XV. Motif original et typique, un triangle sculpté d’un feuillage d’acanthe apparaît fréquemment, sur ces sièges, au raccord des accotoirs et des montants du dossier. » Pierre Kjellberg — Le mobilier français du XVIIIe siècle |
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Documentation comparative
Les deux sièges du musée Carnavalet
Sièges reproduits dans l’ouvrage d’Anne Forray-Carlier, Le mobilier du musée Carnavalet.
Autres sièges à pieds en console de Jacob dans les musées
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Autres sièges à pieds en console de Jacob en ventes publiques
Collection Arturo Lopez Perez, réunie au fil des ans par ce collectionneur amateur des sièges en console de Jacob.
Nous constatons qu'à l'époque, et malgré sont immense fortune, il n'avait pu constituer qu'un ensemble dépareillé.
Modèle à dossiers médaillon en cabriolet, non estampillé, à entrelacs sculptés en ceinture et bois relaqué.
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| Modèle de siège très proche, non estampillé et non sculpté d’acanthes - La déclinaison du modèle en fauteuil de bureau. | |
Autre modèle proche mais simplifié, sans sculpture d’acanthe ni enroulements au petit dossier, et relaqué.
Modèle relativement proche, avec possibles post-sculptures en ceinture (« redecorated » ?).
Plus de 21 000 euros pour une chauffeuse et 126 000 euros pour une suite de six chaises à la Reine à pieds en console, également estampillées Georges Jacob, lors de la vente Givenchy chez Christie’s en juin 2022.