Antiquités Philippe Glédel

Très rare salon de quatre fauteuils Transition
à pieds en console
estampillés Georges Jacob
Paris, vers 1770

Salon de quatre fauteuils Transition en hêtre laqué crème estampillés Georges Jacob

Mobilier de salon composé de quatre fauteuils en hêtre
mouluré, sculpté et laqué crème,
à dossiers raquette en cabriolet et assises circulaires.
Époque fin Louis XV.

« Georges Jacob a été, sans aucun doute, le plus grand fabricant de sièges français de tous les temps. Nul n’a plus produit, nul n’a mieux produit. Personne n’a su, comme lui, créer, innover, trouver des idées nouvelles ; peu ont eu le même sens de l’équilibre, de la grâce, des proportions et de la noblesse des lignes. Georges Jacob est un très grand artiste. » Jean Nicolay — L’art et la manière des maîtres ébénistes français au XVIIIe siècle

Georges Jacob et le siège Transition

Georges Jacob, fondateur de la lignée, venu de Bourgogne, accède à la maîtrise comme menuisier en sièges en 1765, après un apprentissage chez Louis Delanois, autre grand maître de la menuiserie en sièges du milieu du XVIIIe siècle. Dès 1773, il travaille pour le Garde-Meuble de la Couronne, collaboration qui ne sera interrompue que par la Révolution.

Sa clientèle est des plus brillantes : Marie-Antoinette, le roi et la famille royale, le comte de Provence, le comte d’Artois, les princes de Condé, le prince de Conti, le duc de Penthièvre, mais aussi plusieurs cours étrangères, notamment le prince de Galles, la cour de Suède ou encore l’Électeur de Bavière.

Fauteuil Transition estampillé Georges Jacob à pieds en console

Fauteuil de la suite, modèle à pieds en console.

Dimensions d’un fauteuil :
Hauteur : 91 cm — Largeur : 61 cm — Profondeur : 54 cm

Un rare salon à pieds en console

Ce salon est composé de quatre fauteuils en hêtre mouluré, sculpté et laqué crème, à dossiers raquette en cabriolet et assises circulaires, de style Transition Louis XV-Louis XVI. Il s’agit d’un travail parisien de Georges Jacob vers 1770, à la fin du règne de Louis XV.

Ces modèles en console sont souvent dits « du comte d’Artois », plusieurs ayant été destinés à meubler les résidences du frère cadet de Louis XVI, notamment Bagatelle, le Palais du Temple et les châteaux de Saint-Germain et de Maisons. On en rencontre également dans l’entourage de sa jeune sœur, Madame Élisabeth. L’expression plus générale « à la d’Artois » désigne toutefois surtout les sièges à dossier médaillon et châssis circulaire, d’après le modèle de Blanchard exécuté à la demande du prince.

Le modèle présenté ici est particulièrement remarquable par ses accotoirs « en console renversée » et ses pieds en console, formule dont l’invention est traditionnellement associée à Georges Jacob. Supports d’accotoirs et pieds sont sculptés d’un même motif d’enroulement d’acanthe en palmette.

Les dés de raccordement sont sculptés d’un fleuron à l’avant et de pastilles au dos. Des enroulements soulignent la jonction des montants avec le petit dossier, tandis qu’une rosace inscrite dans un triangle marque la rencontre des bras d’accotoirs et du dossier.

Les ceintures circulaires, évidées à l’intérieur, constituent avec le dessin du pied en console et le motif triangulaire à rosace un ensemble de caractères particulièrement associés aux sièges de Georges Jacob. Ces trois éléments conjugués permettent de reconnaître immédiatement sa manière, indépendamment même des estampilles.

Les sièges de ce type sont rares sur le marché et figurent dans de grandes collections publiques et privées. Un fauteuil du Philadelphia Museum of Art, provenant de l’ancienne collection Eleanor Elkins Widener Rice, présente un modèle extrêmement proche ; d’autres exemples ont appartenu à la collection Arturo Lopez et, plus récemment, à la collection Hubert de Givenchy. La présence d’une suite homogène de quatre fauteuils ajoute encore à l’intérêt de cet ensemble.

Très proches de la paire conservée au musée Carnavalet, nos sièges s’en distinguent notamment par la présence du fleuron caractéristique de Jacob et par leurs estampilles.

Âgés d’un peu plus de deux siècles et demi, ils se présentent dans un remarquable état de conservation : fûts sans entures, ceintures sans renforts excepté pour un siège, et laque ancienne avec ses usures et reprises. Ils ont été regarnis par notre tapissier et recouverts d’un velours de la Maison Lelièvre à Paris.

Suite de quatre fauteuils Transition estampillés Georges Jacob
Quatre fauteuils Transition à pieds en console par Georges Jacob
Estampilles G IACOB sur les fauteuils du salon

Estampilles de Georges Jacob relevées sur les fauteuils.

Vues et détails des fauteuils

Détail de la suite de fauteuils estampillés Georges Jacob
Paire de fauteuils provenant de la suite de quatre estampillés Georges Jacob
Fauteuil Transition estampillé Georges Jacob, vue de face
Fauteuil à pieds en console Transition par Georges Jacob
Fauteuil de Georges Jacob en hêtre laqué, vue de trois quarts
Fauteuil à accotoirs en console renversée estampillé Georges Jacob
Détail d’un fauteuil Transition estampillé Georges Jacob

Le pied en console : une création emblématique de Georges Jacob

« On peut lui attribuer l’invention des châssis circulaires, des accotoirs rampants et des pieds en console. » Comte François de Salverte — Les ébénistes du XVIIIe siècle
Comparaison entre un fauteuil du salon et un siège du musée Carnavalet

Comparatif avec un siège du musée Carnavalet.

« Vers 1780, peut-être même avant, il [Georges Jacob] arrondit, à l’intérieur, sous le siège, le bois de la ceinture pour rendre son meuble moins pesant, sans rien lui ôter de sa solidité ; sauf Sené, bien peu de menuisiers ont pris cette peine et l’on reconnaît bien souvent à ce détail, en passant la main autour d’un fauteuil, s’il est l’ouvrage de l’un ou l’autre des deux maîtres. » Pierre Verlet — Les meubles français du XVIIIe siècle
« Signalons enfin une pratique courante chez Georges Jacob et que seul Sené reprendra pour son compte : l’évidement de la face interne de la ceinture des sièges pour en diminuer le poids. » Pierre Kjellberg — Le mobilier français du XVIIIe siècle

Documentation comparative

Les deux sièges du musée Carnavalet

Sièges reproduits dans l’ouvrage d’Anne Forray-Carlier, Le mobilier du musée Carnavalet.

Documentation des fauteuils Georges Jacob conservés au musée Carnavalet
Documentation d’un fauteuil à pieds en console du musée Carnavalet

Autres sièges à pieds en console de Jacob dans les musées

Siège à pieds en console de Georges Jacob dans une collection publique
Fauteuil de Georges Jacob à pieds en console conservé dans un musée

Autres sièges à pieds en console de Jacob en ventes publiques

Fauteuils à pieds en console de Georges Jacob en vente publique Documentation de vente de sièges Georges Jacob Sièges estampillés Georges Jacob en vente publique Ensemble de sièges à pieds en console de Georges Jacob

Collection Arturo Lopez Perez, réunie au fil des ans par ce collectionneur amateur des sièges en console de Jacob.
Nous constatons qu'à l'époque, et malgré sont immense fortune, il n'avait pu constituer qu'un ensemble dépareillé.

Fauteuils de Georges Jacob à dossiers médaillon en cabriolet

Modèle à dossiers médaillon en cabriolet, non estampillé, à entrelacs sculptés en ceinture et bois relaqué.

Modèle simplifié de fauteuil à pieds en console attribué à Georges Jacob

Autre modèle proche mais simplifié, sans sculpture d’acanthe ni enroulements au petit dossier, et relaqué.

Résultat de vente d’un fauteuil proche des modèles de Georges Jacob

Modèle relativement proche, avec possibles post-sculptures en ceinture (« redecorated » ?).

Résultats de vente Givenchy pour des sièges estampillés Georges Jacob

Plus de 21 000 euros pour une chauffeuse et 126 000 euros pour une suite de six chaises à la Reine à pieds en console, également estampillées Georges Jacob, lors de la vente Givenchy chez Christie’s en juin 2022.

Documentation de vente publique d’un siège de Georges Jacob
Résultat de vente publique d’un fauteuil de Georges Jacob
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