|
|
|
Paul et Virginie - Paire de peintures brodées sur soie |
|
Rare et très charmante paire de peintures sur soie rehaussées de broderies de fils de soie Cette paire illustre deux épisodes inspirés du célèbre roman Paul et Virginie de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, publié à la fin du XVIIIe siècle et dont l'immense succès devait rapidement susciter une abondante iconographie. Peinture et broderie sont ici intimement associées. Les visages, les carnations, le ciel et certaines parties du paysage sont peints, tandis que les fils de soie viennent souligner et enrichir les vêtements, la végétation, les arbres et de nombreux détails du décor. Cette combinaison des techniques donne aux scènes un relief et une préciosité particulièrement séduisants. Le goût pour l'exotisme est partout présent : palmiers, montagnes, végétation luxuriante et paysages imaginaires composent une île de France rêvée, bien davantage destinée à transporter le spectateur dans l'univers du roman qu'à restituer fidèlement la géographie de l'île Maurice. Paul et Virginie retrouvés par DomingueLa première scène peut être rapprochée d'une des illustrations les plus célèbres du roman : Paul et Virginie retrouvés par Domingue. Perdus dans la campagne après avoir tenté de venir en aide à une esclave marronne, les deux jeunes gens sont finalement retrouvés par Domingue, guidé jusqu'à eux par le chien Fidèle. Notre composition reprend clairement cet épisode : Paul et Virginie sont assis près d'un rocher tandis que Domingue accourt vers eux, les bras ouverts. Fidèle est couché au premier plan. La scène est traitée avec cette naïveté charmante qui fait tout l'intérêt de ces ouvrages brodés. Elle est fortement inspirée de la série dessinée par Jean-Frédéric Schall et gravée en couleurs par Charles-Melchior Descourtis. Cette suite consacrée à Paul et Virginie comprenait six épisodes du roman, parmi lesquels précisément celui de la découverte des deux jeunes gens par Domingue. |
|
Schall et Descourtis : une iconographie à succèsEntre les premières éditions du roman et le début du XIXe siècle, Jean-Frédéric Schall réalisa plusieurs compositions inspirées de Paul et Virginie. Une série de six scènes fut gravée en couleurs par Charles-Melchior Descourtis : La Grâce de l'esclave, Paul et Virginie retrouvés par Domingue, La Visite de M. de La Bourdonnais, Les Adieux et le départ de Virginie, La Mort de Virginie et La Prière. Ces estampes contribuèrent à fixer très tôt l'image des héros de Bernardin de Saint-Pierre et fournirent naturellement des modèles aux nombreux objets décoratifs inspirés par le roman. Notre première broderie appartient manifestement à cette diffusion de l'iconographie de Schall, même si l'auteur l'a librement adaptée à son propre ouvrage. |
|
Une seconde scène plus énigmatiqueLa seconde broderie paraît en revanche beaucoup plus libre. Virginie, debout dans un paysage montagneux, tend une coupe ou une calebasse à Domingue agenouillé devant elle, tandis que Paul, perché dans un palmier, observe la scène. Nous avions autrefois interprété cette composition comme « Virginie donnant à boire à Domingue ». La scène ne correspond cependant pas exactement à l'un des six sujets connus de la série de Schall et Descourtis et semble plutôt constituer une variation originale autour des personnages et de l'univers du roman. Le détail est d'autant plus intéressant que le texte de Bernardin de Saint-Pierre raconte au contraire qu'après avoir retrouvé Paul et Virginie, Domingue leur présente des fruits et une grande calebasse contenant une boisson préparée par leurs mères pour les fortifier. Notre brodeur, ou le modèle qu'il suivait, paraît donc avoir librement recomposé cet univers, comme il était fréquent dans les arts décoratifs inspirés d'œuvres littéraires à grand succès. Cette liberté d'interprétation contribue finalement au charme de la paire : l'une des scènes se rattache à une iconographie connue, tandis que l'autre semble proposer une invention ou une adaptation aujourd'hui moins aisément identifiable. |
|
État et dimensionsTrès bel état de conservation, les couleurs ayant conservé une fraîcheur remarquable. Quelques micro-déchirures sont à signaler sur la première œuvre. Encadrements modernes en bois de chêne. Travail de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle. Dimensions : Cadres : 37 cm x 29,5 cm. Vues : 32 cm x 25 cm. |
| TABLEAUX |