Antiquités Philippe Glédel

Louis Delaître et les commodes Régence en sarcophage
Documentation, estampilles et techniques de construction

Sources bibliographiques et photographiques ainsi qu'éléments techniques complétant l’étude de la commode en sarcophage et à pont de Louis Delaître.

Louis Delaître, ébéniste parisien

Louis Delaître, ou encore Delaitre, travailla pendant plusieurs années rue de Lappe comme artisan libre avant d’obtenir sa maîtrise en 1738. Il résida plus tard rue Saint-Nicolas, où il demeura jusqu’à sa mort en 1750.

Il s’est fait une réputation d’homme de caractère, sinon même brutal, mais aussi d’excellent ébéniste. Pierre Kjellberg le présente comme un artisan ayant eu « la double réputation d’excellent ébéniste et d’homme violent et vindicatif ».

Le comte François de Salverte souligne pour sa part que Delaître pratiquait son métier avec talent, fournissait des marchands en vogue et laissa des meubles portant la marque L. DE/LAITRE, dont la forme la plus ancienne est disposée sur deux niveaux. Nous savons notamment qu’il travailla pour les Migeon.

Documentation sur Louis Delaître et son estampille L. DE LAITRE

L’Art et la manière des ébénistes français au XVIIIe siècle, Jean Nicolay.

Les estampilles sous la Régence

L’estampille de Louis Delaître, lorsqu’elle est présente, se rencontre sous la forme L. DE/LAITRE répartie sur deux lignes. Les commodes en sarcophage qui la portent figurent parmi les rares meubles de ce type marqués d’une estampille non abréviative.

Il convient cependant de nuancer l’idée selon laquelle les meubles de la Régence ne seraient jamais estampillés. Plusieurs ébénistes — parmi lesquels Criaerd, Denizot, Lieutaud, Mallerot, Garnier et Sageot — firent usage de marques durant cette période, souvent tracées en grandes lettres abréviatives.

Documentation sur les estampilles d’ébénistes durant la Régence

Le Meuble français et européen du Moyen Âge à nos jours, Pierre Kjellberg.

Résineux, chêne et noyer dans les bâtis parisiens

À propos d’un bureau Régence donné pour un travail parisien dans l’entourage de Noël Gérard, et pour lequel une possible attribution à François Lieutaud était évoquée, l’étude Berger et Associés soulignait que le bâti en résineux est caractéristique des fabrications des ébénistes parisiens de la période Régence, conformément à une habitude de construction héritée de l’époque Louis XIV.

"Quelques années plus tard, les bâtis en chêne deviendront plus fréquents. L’emploi du noyer pour la construction des tiroirs témoigne à la fois d’un travail parisien et d’une réalisation particulièrement soignée". Son utilisation à cet endroit constitue également un élément utile pour dater un meuble de la période Régence.

Dans notre commode, la coexistence d’un conifère pour les façades de tiroirs, les planchers intermédiaires et les côtés, d’un chêne de grande qualité pour les montants et le dos, et d’un noyer parfaitement corroyé pour les caissons de tiroirs, situe précisément le meuble à un moment de transition dans les pratiques parisiennes.

Le montage à encastrement

Le montage en feuillure, également appelé montage à encastrement, est typique des fabrications parisiennes les plus soignées. Il permet au tiroir tout entier (fond et côtés du caisson) de glisser sur un plancher parfaitement plan. Ce procédé rend donc inutile la pose de coulisseaux (ne demeurent que des contre-coulisseaux) qui sont la cause, à long terme, de l’usure des bords latéraux des traverses.

Documentation comparative des commodes en sarcophage

Commode en sarcophage d’André-Charles Boulle conservée au château de Versailles

Commode dite « mazarine » en sarcophage d’André-Charles Boulle. Documentation : château de Versailles.
On observe sur sa façade l’absence de galbe en plan, mais des galbes en élévation, avec un tiroir concave puis un tiroir convexe.

Commode Régence en sarcophage attribuée à Louis Delaître, vue détourée

Photographie détourée de notre commode.

Commode en sarcophage et à pont attribuée à Louis Delaître, documentation Artcurial Détails de la commode en sarcophage attribuée à Louis Delaître, documentation Artcurial

Commode en sarcophage et à pont attribuée à Louis Delaître. Documentation : Artcurial.
Cette commode, qui semble nécessiter une importante remise en condition du vernis et de la dorure, est la seule à présenter une ornementation de bronze presque aussi riche que celle de notre modèle — cul-de-lampe au tablier et astragales des tiroirs inférieurs — sans toutefois posséder de mascarons sur les côtés.

Commode en sarcophage et à pont estampillée Louis Delaître, documentation Christie’s Bronzes de la commode en sarcophage estampillée Louis Delaître, documentation Christie’s

Commode en sarcophage et à pont estampillée Louis Delaître. Documentation : Christie’s.
Anciennes provenances : vente Couturier-Nicolay du 14 juin 1995 et vente Millon de 1997. Les bronzes de cette commode, qui doubla son estimation, ne sont évidemment pas rapportés ; leur caractère exceptionnel semble
avoir suscité des réserves précisément parce qu’ils ne correspondaient pas à des modèles déjà répertoriés.
La singularité d’une garniture ne saurait pourtant constituer, à elle seule, un motif de suspicion.

Commode en sarcophage et à pont attribuée à Louis Delaître, documentation Antiquités Philippe Vichot

Commode en sarcophage et à pont attribuée à Louis Delaître. Documentation : Antiquités Philippe Vichot.

Commode en sarcophage et à pont attribuée à François Lieutaud, documentation Gazette Drouot Détails d’une commode en sarcophage à monogramme PM, documentation Gazette Drouot

Commode en sarcophage et à pont attribuée à François Lieutaud. Documentation : Gazette Drouot.
Les chutes de cette commode sont-elles réellement propres à Lieutaud, comme il est indiqué dans cette documentation ? Il est permis d’en douter. Le monogramme P.M. pourrait être celui de Pierre III ou de Pierre IV Migeon ; dans ce cas, la paternité de cette commode — proche d’un autre exemplaire portant le même monogramme, vendu chez Artcurial le 25 novembre 2022 — pourrait revenir aux Migeon, ou encore à Delaître travaillant pour eux.

Commode Régence en sarcophage et à pont, documentation Hampel

Commode en sarcophage et à pont. Documentation : Hampel.
Ce modèle beaucoup plus simple, aux galbes peu marqués, est loin de posséder la force de notre commode.
Il paraît même manquer d’équilibre, notamment en raison de la faiblesse d’une partie de sa garniture de bronze.

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