|
|
VENDU
Petite commode d’entre-deux Régence
|
Une rare commode d’entre-deux de la RégenceCette très rare petite commode d’entre-deux en sauteuse, bombée en façade, ouvre à deux larges tiroirs et est coiffée d’un remarquable marbre Griotte de Campan rouge épousant ses contours. Sur un bâti de sapin, elle est recouverte d’un placage de palissandre marqueté en feuilles dans des encadrements, disposé à chevrons en façade et en frisage de diamant sur les côtés. Ses galbes et ses chantournements sont particulièrement élégants. Fonçée de canaux de laiton, elle est parée d’une ornementation de bronzes ciselés et dorés de grande qualité, à ancienne dorure au mercure : boutons de tirage à rosaces, entrées de serrure aux chimères affrontées, chutes d’angle à têtes d’Amérindiens empanachés, sabots en chaussons et cul-de-lampe au tablier. La petite commode s’inscrit pleinement dans la période transitoire de la Régence, pendant laquelle souplesse et symétrie donnent le ton, en équilibre entre la rigueur du Louis XIV et l’exubérance du Louis XV. Son galbe de façade encore peu prononcé, la cambrure retenue des pieds et les découpes de la traverse en voûtes délicates illustrent parfaitement ce passage entre les deux grands styles du mobilier français.
Travail parisien d’époque Régence, |
Une attribution à Étienne DoiratLe modèle lui-même, la qualité de fabrication et surtout le style particulier de ses bronzes permettent de rapprocher cette commode de la production d’Étienne Doirat. Certains de ces bronzes, notamment le cul-de-lampe reproduit dans la documentation ci-dessous, apparaissent comme de véritables signatures de son atelier. Doirat conservait en effet la propriété de ses modèles. Son inventaire après décès mentionne aussi bien des modèles en plomb que des bronzes stockés, à différents stades de préparation, destinés à être montés sur ses meubles. L’absence d’estampille ne s’oppose pas ici à l’attribution : elle est au contraire cohérente avec une production ancienne, Doirat n’ayant commencé à estampiller que dans les dernières années de la Régence, tandis que la première partie de son œuvre ne porte généralement pas de marque. Pour approfondir la production de l’ébéniste : notice consacrée à Étienne Doirat. |
Le marbre Griotte de Campan rougeLe Griotte de Campan rouge compte parmi les beaux marbres français utilisés dans le mobilier de luxe. Comme le Griotte rouge avec lequel il peut être confondu, il fut apprécié des grands maîtres parisiens actifs autour de 1700, parmi lesquels André-Charles Boulle, Charles Cressent et Étienne Doirat. Extrait dans la vallée de Campan, dans les Pyrénées, il se distingue notamment par son fond rouge, ses nombreuses veines de calcite blanche et son ciment vert foncé. Le plateau de cette commode, épais de 30 mm, est bordé d’un bec-de-corbin souligné d’un congé. Pour approfondir l’histoire et l’emploi du marbre de Campan : article de référence sur Persée. Le marbre Griotte de Campan rouge, épais de 30 mm, bordé d’un bec-de-corbin souligné d’un congé. |
Vues de la commodeVue de trois quarts gauche. Vue de trois quarts droit.
Vue de chacun des côtés de la commode. |
Bronzes ciselés et dorésL’ornementation de bronze est particulièrement soignée. Les chutes végétales sont amorties de têtes d’Amérindiens empanachés, tandis que les pieds reçoivent des sabots d’ongulé velus et striés. Les entrées de serrure sont ornées de chimères affrontées ; les boutons de tirage sont centrés de rosaces et le tablier porte un cul-de-lampe caractéristique.
Chute végétale à tête d’Amérindien empanaché et sabot d’ongulé velu et strié.
Entrées de serrure aux chimères, boutons à rosaces et cul-de-lampe. |
Construction, tiroirs et état de conservationLe bâti est en sapin, avec un ancien badigeon rose sur certaines faces. Les tiroirs présentent un montage dit « à fond rampant », suivant une technique de construction soignée employée par les grands ateliers parisiens de la Régence. Ce montage permet au tiroir de glisser sur une large surface de son fond et limite ainsi l’usure des traverses intermédiaires. La commode conserve ses deux anciennes serrures en fer, actionnées par une clé à anneau de bronze ajouré. Elle se présente dans un exceptionnel état d’origine, avec son placage conservé dans son intégrité et l’ensemble de ses bronzes anciens. Elle a été parfaitement restaurée et revernie au tampon par notre ébéniste. Les deux tiroirs ouverts. Le bâti de la commode, tiroirs ôtés. Vue intérieure d’un tiroir, avec serrure et écrous.
Vue du dos de la commode. |
Documentation et meubles de comparaisonPlusieurs commodes estampillées Étienne Doirat permettent de rapprocher le dessin général et certains bronzes de la présente commode de la production de cet ébéniste, notamment le cul-de-lampe du tablier.
Commode estampillée Doirat, de dimensions un peu plus importantes mais aux lignes très proches ; les bronzes sont plus simples, mais on retrouve le cul-de-lampe caractéristique.
Commode Régence estampillée Doirat exposée au Petit Palais, avec une riche garniture de bronze et un cul-de-lampe comparable.
Commode Régence estampillée Doirat passée en vente publique en juin 2010, de forme et de gabarit très proches, avec une ornementation de bronze plus tardive et plus sobre. |
| © ANTIQUITÉS PHILIPPE GLÉDEL - TOUS DROITS RÉSERVÉS 1998 / 2026 |