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Commode d’époque Régence
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Description de la commodeCette commode d’époque Régence présente une façade en puissant arc d’arbalète et des côtés galbés. Elle ouvre par quatre tiroirs simulant trois tiroirs sur trois rangs, séparés par des traverses foncées de cannelures de laiton. Elle est coiffée d’un épais marbre rouge Royal des Flandres, d’environ 3 cm, dont le pourtour est mouluré d’un large bec-de-corbin. Son profil épouse fidèlement les mouvements de la façade et des côtés. Le placage fait un usage exclusif de l’amarante, posé sur un bâti de sapin soigneusement construit. Les caissons des tiroirs sont en chêne. Les montants à épaulements, le galbe très affirmé et l’économie du décor plaqué donnent au meuble une présence à la fois puissante et raffinée. La teinte profonde de l’amarante forme un remarquable contraste avec l’éclat de la garniture de bronzes dorés. Dans son apparente simplicité, la commode illustre avec beaucoup de justesse l’élégance inventive des meilleures productions parisiennes de la Régence. |
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Une exceptionnelle garniture de bronzeL’ornementation, composée de bronzes ciselés et vernis à l’or, constitue l’un des caractères majeurs de la commode. Les chutes d’angle sont formées de rinceaux d’acanthe enrichis de mouvements en C, d’oves, de collerettes festonnées, de palmettes et de fleurons. Leurs fonds réticulés, caractéristiques du vocabulaire Régence, sont ponctués de quartefeuilles. Deux joncs de liaison, ciselés d’un décor d’entrelacs, prolongent les chutes le long des montants. Les sabots enveloppants, ajourés et d’un modèle particulièrement rare, développent de larges palmettes feuillagées. Par un subtil effet de relief, celles-ci prennent l’apparence de coquilles concaves évoquant les coquilles dorées qui ornaient les bassins des jardins de l’époque. Les tiroirs sont munis de six poignées de tirage à rosaces, de trois larges entrées de serrure et de deux entrées plus petites en forme de losange. Ce dernier modèle constitue un élément récurrent particulièrement significatif dans l’œuvre de François Lieutaud. Le tablier reçoit enfin un important cul-de-lampe à coquille, flanqué de feuilles d’acanthe nervurées et crispées. |
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Les caractères de l’œuvre de François LieutaudL’attribution à François Lieutaud repose sur un ensemble cohérent de caractères constructifs et décoratifs. Les entrées de serrure en losange, les longues chutes, les joncs d’entrelacs, les poignées et le dessin du cul-de-lampe se retrouvent sur plusieurs commodes portant les initiales F.L.. Les rapprochements reproduits dans la documentation montrent notamment des exemplaires Régence en amarante présentant des garnitures très voisines, parfois jusque dans le dessin des chutes, des cornières, des entrées de serrure et du tablier. En l’absence d’une estampille visible sur cette commode, l’attribution doit naturellement être comprise comme le résultat d’une analyse comparative. La convergence des formes, du bâti, du placage et surtout des modèles de bronze permet néanmoins de la soutenir avec une forte vraisemblance. |
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État de conservation, construction et dimensionsLa commode se présente dans un remarquable état de conservation. Elle conserve son placage ancien, l’ensemble de sa garniture métallique, ses serrures en fer et une clé permettant de les actionner. Le bâti est assemblé sans feuillures ni assemblages traditionnels à tenons et mortaises. Les côtés sont réunis au plancher par des queues-d’aronde et des queues-d’aronde borgnes, mode de construction caractéristique de certaines réalisations parisiennes du premier tiers du XVIIIe siècle. Le marbre a connu un accident ancien. Il a bénéficié d’une restauration à la fois particulièrement solide et très discrète.
Par François Lieutaud.
Dimensions : 84 cm de hauteur × 125 cm de largeur au marbre |
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François LieutaudFrançois Lieutaud (1665-1748), ébéniste d’origine marseillaise, reçut ses lettres de maîtrise à Paris à la fin du XVIIe siècle. Actif sous Louis XIV puis sous la Régence, il travailla dans l’enclos privilégié du cloître Saint-Jean-de-Latran, où exerçait également Philippe Poitou fils. Louis XIV lui accorda le rare privilège de concevoir et de fabriquer lui-même les bronzes destinés à ses meubles, alors que la corporation des bronziers-fondeurs en revendiquait normalement l’exclusivité. Cette liberté exceptionnelle éclaire la personnalité très singulière de ses garnitures. Lieutaud collabora avec Noël Gérard, qui exerçait également comme marchand mercier, ainsi qu’avec Charles Cressent et André-Charles Boulle. Ce dernier le choisit même comme expert personnel au cours d’un procès en 1719. Il fut à l’origine d’une dynastie d’ébénistes : son fils Charles et son petit-fils Balthazar, célèbre pour ses régulateurs, exercèrent le même métier. Longtemps demeuré mal connu en raison de son estampille limitée aux simples initiales F.L. — à une époque où l’usage de l’estampille n’était pas encore réglementé — François Lieutaud figure aujourd’hui parmi les importants ébénistes parisiens de son temps. Lire également la notice consacrée à François Lieutaud sur Anticstore
Document relatif à François Lieutaud et à sa marque. |
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L’amarante et le mobilier parisien de la RégenceL’amarante, Peltogyne venosa, est également appelée pau roxo au Brésil, purpleheart ou violetwood au Royaume-Uni et bois violet dans les Antilles. Son aire d’origine s’étend du détroit de Panama au centre du Brésil. L’arbre peut atteindre 38 à 45 mètres de hauteur. Son bois de cœur, violet plus ou moins foncé, s’assombrit progressivement à l’air et à la lumière jusqu’à prendre parfois une teinte brun profond. Son grain est fin, son fil généralement droit et sa densité élevée, autour de 0,85. La couleur de ce bois le destine naturellement à l’ébénisterie et aux ouvrages décoratifs. Son oxydation produit différentes nuances de violet, susceptibles de se stabiliser à des stades variables. Le placage d’amarante fut particulièrement apprécié par plusieurs grands ébénistes de la Régence, notamment Pierre Migeon II et Charles Cressent. L’emploi exclusif de cette essence correspond à une mode parisienne relativement brève, particulièrement sensible autour des années 1720. Le bâti en résineux de notre commode s’inscrit dans les pratiques héritées de la fin du règne de Louis XIV et encore employées sous la Régence, avant la généralisation des bâtis en chêne. La photographie comparative ci-dessous montre également la parenté de certains bronzes attribués à Charles Cressent avec ceux associés à François Lieutaud.
Commode donnée à Charles Cressent, retenue comme élément de comparaison pour l’emploi de l’amarante et la parenté de certains bronzes. |
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Vues de la commode
Vue de face : puissant galbe en arbalète, quatre tiroirs simulant trois rangs et garniture complète de bronze. |
Marbre rouge Royal des Flandres de 30 mm d’épaisseur, mouluré d’un large bec-de-corbin épousant les formes de la commode. |
Vue de trois quarts droit, mettant en évidence le mouvement de la façade et le galbe du côté. |
Vue de trois quarts gauche : continuité du placage d’amarante et déploiement de la garniture d’angle. |
Côté gauche de la commode, avec quelques reflets photographiques sur le placage. |
Détails des bronzes du piètement : chutes d’angle, joncs d’entrelacs et sabots enveloppants ajourés. |
Détails des poignées, des entrées de serrure — dont les deux modèles en losange — et du cul-de-lampe du tablier. |
La commode, ses quatre tiroirs ouverts, laissant apparaître leurs caissons en chêne. |
Assemblage des côtés au plancher par queues-d’aronde et queues-d’aronde borgnes. |
Tiroirs ôtés, laissant apparaître le bâti intérieur en sapin et la qualité de sa construction. |
Vue du dos ancien de la commode. |
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Documentation et éléments de comparaison
Documentation Sotheby’s. Commode estampillée F.L., munie d’entrées de serrure en losange caractéristiques et d’un tablier identique à ceux de plusieurs exemples présentés ci-dessous. |
Commode estampillée F.L., présentée à la Biennale par la Galerie Pellat de Villedon. Elle possède de semblables chutes, joncs, poignées et entrées de serrure en losange. |
Commode estampillée F.L. provenant de nos anciennes collections, également galbée sur toutes ses faces et munie de bronzes très proches. |
Commode attribuée à Étienne Doirat dans une documentation Artcurial. |
Descriptif Artcurial de la commode précédente. L’attribution à Doirat repose notamment sur les chutes en espagnolette ; les autres éléments de la garniture invitent cependant à poursuivre la comparaison avec le corpus de François Lieutaud. |
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