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COMMODE MAZARINE PAR THOMAS HACHE

 
 

Commode-mazarine-arbalète-Thomas-Hache

 
   


Exceptionnelle commode mazarine de style Louis XIV

en placage et marqueterie de bois des Alpes à décor dit "au jasmin".

Par Thomas Hache, ébéniste du duc d’Orléans.

Grenoble vers 1720 - 1725.

Époque début du XVIIIe siècle.

 

 

Commode à dessus bois, ouvrant à trois tiroirs sur trois rangs, la façade galbée "en arc d'arbalète", les quatre montants à contreforts dits "en consoles" terminés par des pieds cambrés. Décor d’écoinçons en cœur en loupe d'érable et de réserves en loupe d'orme dans des encadrements d'alisier noirci, de mûrier, de prunier et de noyer, délimités par des filets de houx, de poirier noirci et d'alisier au naturel. Le plateau centré d'un large et riche tableau de marqueterie dans le style de Monnoyer et Bérain à décor dit "au jasmin" d'une corbeille chargée de fleurs variées (oeillets, tulipes, jonquilles, pivoines, hibiscus, tournesol...) sur un entablement mosaïqué à lambrequins et reposant sous un baldaquin. Entrelacs, enroulements végétaux, culots, mascarons, oiseaux, papillons et libellule complètent la composition en bois de prunier rouge et clair, de mûrier, d'alisier, de houx, de frêne, d'érable, de noyer, et encore agrémenté d'os (pour un papillon et une libellule, les pupilles des profils de grotesques, de nombreux pétales de fleurs de jasmin, un brin de muguet, et enfin les clochettes ponctuant les lambrequins), le tout sur fond de chêne des marais.
Ornementation de laiton pour la lingotière, de bronze pour les poignées tombantes à rosaces les entrées de serrure, les sabots et le cul-de-lampe au Bacchus.
Travail attribué au maître grenoblois Thomas Hache.
Époque Régence.

 

Thomas Hache (1664 - 1747), maître en 1701, est le fils de l'ébéniste toulousain Noël Hache dans l'atelier duquel il débuta un apprentissage qu'il poursuivra plus tard comme compagnon (Tour de France) à Paris (et on se doit d'imaginer, comme pour ce qui concerne l'excellent ébéniste grenoblois Mondon, qu'il y aura fréquenté l'atelier de Pierre Gole) puis dans le Duché de Savoie. C'est son mariage avec la fille de l'ébéniste grenoblois Chevalier qui décidera de son installation définitive dans le Dauphiné. Il reprendra ainsi l'atelier réputé de ce dernier, situé rue Neuve à Grenoble, atelier qu'il développera et dont il élèvera la renommée jusqu'à s'attirer la faveur de Louis d'Orléans, ce qui se concrétisera par l'octroi en 1721 d'un brevet de Garde et Ébéniste de Monseigneur le Duc d'Orléans, ceci lui ouvrant plus grandes encore les portes vers la clientèle aristocratique. Son œuvre restera influencée par les marqueteries italiennes et par celles d'André-Charles Boulle, avec un soucis constant d'y mettre en valeur les bois des Alpes. Son fils Pierre travaillera avec lui jusqu'à sa mort et son petit fils Jean-François (né en 1730) fera une partie de son apprentissage à ses côtés.

 

Cette commode est entièrement plaquée et marquetée de bois de pays, selon une habitude chère aux Hache, la façade et les côtés recouverts de loupes d'érable et de loupes d'orme compartimentées en réserves ourlées de bandes et contours eux-mêmes flanqués de doubles (voir triple) filets de bois clair et noirci typiques de Hache. Ainsi on compte, sur le plateau, entre le bois laiton et le chêne des marais du tableau central, pas moins de 25 juxtapositions successives de bois en une variété de huit essences (et encore davantage de tons) : l'alisier (noirci ou non), le prunier (de cœur ou d'aubier), le noyer, la loupe d'érable (ombrée au sable ou naturelle) et la loupe d'orme, le mûrier, le poirier noirci et enfin le houx. Les côtés du meuble reprennent cette formule, très légèrement simplifiée, en faisant jouer davantage, comme sur le méplat des montants, le jeu cœur-aubier du prunier, du pourpre au jaune orangé.

 

 

D'autres essences encore viennent s'ajouter pour la composition marquetée de la partie centrale du plateau (ainsi que du tablier), ce qu'il est convenu de nommer "le tableau" (Roubo parlait à ce titre de "peinture en bois").
Nous y avons identifié, outre les bois déjà cités ci-dessus (sciés cette fois "en travers") et le chêne des marais composant le fond, le frêne, le sumac pour des boutons des fleurs de jasmin (bois exotique importé depuis le début du XVIIe) et enfin l'os.

 

 

Contrairement à ses successeurs, Thomas Hache n'aura travaillé quasiment que pour répondre à des commandes luxueuses et n'aura que peu travaillé les meubles en bois massif (même si on en connait de rares exemples). Artiste novateur et avant tout ébéniste, il vouait à son travail une véritable passion et c'est elle sans doute qui le poussait à ne jamais se répéter mais à se renouveler chaque fois, ceci étant peut-être encore plus perceptible concernant les premières décennies de son activité à Grenoble. Ainsi en est-il pour notre commode, unique mais cependant reconnaissable du fait tant de la forte personnalité artistique que de la maestria technique de son auteur. Et si Hache prenait soin, à l'instar de ses coffrets, de toujours recomposer les décors et les formes de ses commodes, celle-ci est cependant aisément rattachable au corpus des modèles fabriqués entre 1720 et 1725.
Nous trouverons ainsi dans l'ouvrage Le génie des HACHE trois commodes à la suite lui faisant écho, ce sont successivement les modèles des planches 78, 79 et 80.
Nous ajouterons à cette documentation une commode vendue à Cannes.

 

 

 

Dimensions : 0,88 m de haut x 1,30 m de large x 0,72 m de profondeur.

 
 
 
 
 
 
 
 

Commode-mazarine-Louis-XIV-Thomas-Hache

 
 
 
 
 
 
 
 

Commode-Louis-XIV-au-jasmin-Thomas-Hache

 
 
 
 
 
 
 
 

Commode-mazarine-marquterie-Thomas-Hache

 
 
 
 
 
 
 
 

Plateau-marqueterie-florale-au-jasmin-Thomas-Hache

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 

 
 

 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 

 
 

 
 
 
 
 
 

DOCUMENTATION

Meubles référents parmi le corpus des commodes mazarines
produites entre 1715 et 1725.

 
 
 
 
 
 
 
 
Pour la garniture de bronze :

 
 
Documentation Besch Cannes auction
 
   
 
On notera les similitudes de l'ornementation de bronze de cette autre commode de Thomas Hache et de la nôtre,
sabots identiques et discret cul-de-lampe flanqué de marqueterie florale.
 
 
 
   
 

On voit ici des poignées exactement semblables avec les mêmes anneaux directement enfoncés à force sur le plat du tiroir
(seules les rosaces diffèrent), ainsi que les mêmes entrées de serrure que l'on retrouve sur d'autres commodes de Hache.
On remarque dans les deux cas que les poignées descendent très bas sur le tiroir, ceci dans la manière de Thomas Hache.
Rappellons que, tel que sur notre commode, Hache utilisait toujours une cornière de laiton et non de bronze comme c'est l'habitude.

 
 
 
 
 
 
 
 
Pour les montants et les côtés :

 
 
Documentation : Planche 78 - Le Génie des HACHE - Pierre Rouge / Ed. Faton
 
 

 
 
On voit ici quasiment la même architecture de la marqueterie des côtés de la commode.
 
 
 
 
 
 
Et on observe un semblable gabarit des pieds en consoles. Dans leur structure intérieure, les montants sont doublés.
Cette façon, qu'il reprend des cabinets italiens avec lequels il s'est familiarisé durant son séjour en Italie, lui est particulière.
 
 
 
 
 
 
 
 
Pour l'utilisation des placages :

 
 
Documentation : Planche 79 - Le Génie des HACHE - Pierre Rouge / Ed. Faton
 
 

 
 

On observe ici une même utilisation des loupes contrastées et du bois de prunier (rouge) avec son aubier (jaune).
On notera au passage les réserves différentes du tiroir médian (ici en partie centrale / losange au lieu d'un quadrilobe),
et on peut faire une même observation sur la nôtre (en parties latérales / droites à écoinçons concaves au lieu de convexes).

 
 
 
 
 
 
 
 
Pour le plateau et la façade :

 
 
Documentation : HACHE Ébénistes A-Grenoble - Marianne Clerc / Ed. Glénat
 
 

 
 

Si cette commode est plus large c'est en raison de ses côtés galbés en plan, et sans doute sa façade est de la largeur de notre commode. Nous sommes tenté de penser que Hache a utilisé le même gabarit pour cette (rare dans son œuvre ) même façade en arbalète.
On y observe, et comme pour la précédente, de semblables becquets rapportés en bois noirci, et toujours les mêmes sabots de bronze.

 
 
 
 
Documentation : Planche 80 - Le Génie des HACHE - Pierre Rouge / Ed. Faton
 
 

 
 
Nous avons évoqué plus haut la similarité du décor central de ce plateau avec le nôtre. Notons toutefois que le décor est ici inversé,
ce peut-être le résultat d'une simple (et fréquente) inversion de reproduction photographique ou d'une inversion du calque à l'atelier.
 
 
 
 
Documentation : Planche 69 - Le Génie des HACHE - Pierre Rouge / Ed. Faton
 
 

 
 
Pour finir, ce tableau d'une autre commode mazarine avec composition florale "au jasmin"et insectes.
 
 

 

 

 

 
 
 
 
 
 

EXAMEN TECHNIQUE D'AUTHENTIFICATION
ET APERCUS SUR LA RESTAURATION.

Dossier en collaboration avec notre ébéniste,
Mr Jean-François Plumier (atelier Le tarabiscot),
et avec l'aide précieuse de Mr Patrick George (Les fils de J. George).


 
   

Au premier examen cette commode mazarine à dessus de bois se présente dans son intégrité. Comme toujours pour un meuble de la période Louis XIV, une importante restauration s'avère nécessaire.
Elle a été l'objet d'une restauration de haut niveau, qui s'est espacée sur une année. Cela a permis au meuble lui même dans un premier temps de s'adapter à l'hygrométrie de l'atelier, puis de ménager des temps d'absorption nécessaire par exemple à la dissolution des colles, des temps de dissolution, d'imprégnation, d'assouplissement, des temps de tension, de séchage... Le meuble a été entièrement démonté, ce qui nous a permis de pratiquer de manière idéale tous les examens requis à une expertise complète. L'une des premières constatations qui ressort de notre examen est que cette commode sort d'un atelier (en ce sens qu'elle fut fabriquée à plusieurs mains), ceci est visible notamment par les différences des façons des queues d'aronde.
Le bâti est entièrement en sapin, hormis pour les façades des tiroirs qui sont en chêne (exactement tel que vu sur d'autres commodes mazarines de Thomas Hache). La liaison des côtés et de la traverse supérieure est réalisée dans la pure tradition des Hache, à savoir queues d'aronde et tenons-mortaises. On note que suite à la pose audacieuse des coulisseaux (d'une manière qui est propre aux Hache)
les dessous des côtés de tiroirs et les extrémités des côtés de leurs planchers ont été restaurés (une fois les coulisseaux détachés, les tiroirs qui ne demeuraient plus maintenus que par la grâce des larges traverses avant se sont irrémédiablement usés à leur base). Le professionnel qui a effectué l'ancienne restauration après repose des anciens coulisseaux n'a pas su la refaire telle qu'elle était à l'origine et s'est contenté d'un montage à plat. Bien entendu nous remédierons à cela (mais en prenant soin de ne pas toucher le dos du tiroir supérieur) en respectant donc l'assemblage d'origine propre au travail de Hache. Car en effet, et fort heureusement, la partie arrière du tiroir supérieur, pourtant dégradée elle aussi, n'a jamais été réparée.

Cet oubli nous apporte dès lors la preuve irréfutable que les tiroirs étaient bien à l'origine montés en feuillure (dit encore à encastrement, c'est à dire le fond maintenu dans une encoche du bord inférieur de chacun des côtés), soit le procédé le plus sophistiqué, et donc sur les trois faces (dos compris), ajustage que nous avons toujours mis en avant dans nos examens des meubles de Hache comme l'un des éléments d'attribution parmi les plus déterminants. En effet ce montage parisien est fort peu utilisé en province, hormis par la famille Hache et quelques rares autres ébénistes parmi lesquels Mondon de Grenoble, Les Couleru de Montbéliard, sans doute toutefois quelques rares ébénistes lyonnais et d'autres des grands ports de l'Atlantique, et plus rarement encore s'agissant du dos du tiroir. Chaque fois que nous voyons une commode du Dauphiné copiant le style des Hache, elle manque rarement, pour peu qu'elle soit sincère (nous voulons dire par là véritablement ancienne), de se trahir par l'absence de ce montage.

Signalons encore une particularité de Hache : en parement des tiroirs le montage est apparent, tant celui du plancher que celui des queues d'aronde. Le placage recouvre les assemblages en queues d'aronde ainsi que le fond collé par dessous à la façade du tiroir.

Comme toujours chez Hache (et contrairement à Mondon, son rival de Grenoble, qui chevillait ses dos) l'assemblage de l'arrière du meuble termine la construction des commodes, après le montage des côtés, des traverses de façade et des coulisseaux. Les planches horizontales s'emboîtent par le haut, coulissent entre un biseau des montants arrière et une pièce de renforcement rapportée dans l'angle, et c'est sur cette pièce que viennent se poser les coulisseaux, maintenus par l'arrière lors du cloutage du dos.

Elles sont jointes aux bois de montage maintenant les coulisses par l'arrière et au fond fixé en queue d'aronde au dessous des côtés. Des clous d'époque maintiennent l'ensemble.

Nous effectuerons donc ainsi le démontage de la commode par l'arrière.

L'examen du placage nous le montre en bon état général. Les différents bois utilisés pour la marqueterie sont des essences indigènes. Le chêne des marais (apprécié de l'atelier Hache puisque présent dans les marais aux alentours), l'alisier, le frêne, le prunier, le houx, les loupes d'orme et d'érable, le mûrier et le noyer pour le contour de la marqueterie, le poirier noirci et le houx (Hache n'utilisait pas ou peu le buis) pour les filets et le sumac de Virginie (arrivé en 1624 en France) pour le cœur de certaines fleurs de jasmin qui elles, sont en os (Hache n'utilisait pas l'ivoire). On y retrouve aussi des motifs récurrents au travail de Hache comme les têtes de vieillards barbus, les oiseaux, papillons et libellules, une grande variété de fleurs et de motifs géométriques.

Comme presque toujours s'agissant d'une commode Louis XIV, suite au séchage de son âme, le plateau s'est fendu par son centre, ce qui a détérioré la marqueterie. D'anciennes restaurations ont dégradé le placage, la marqueterie a été décollée partiellement, certains petits éléments ont été remplacés, parfois avec des essences non appropriées et d'autres sont à la perce des bois. Des renforts ont été collés et des petits coins de bois ont été enfoncés dans les fentes sous le plateau, ces derniers étaient censés récupérer la largeur perdue suite à sa déshydratation.

Le placage de la commode sera entièrement désolidarisé du bâti (les diverses étapes de la restauration sont détaillées en bas de page).

On découvrira ainsi, non sans émotion, le contre-parement de la marqueterie (ci-dessus) et les tracés préparatoires de l'atelier sur l'âme du plateau (ci-dessous).

On remarquera aussi les traces de rabot à dents en contre-parement, d'environ 2 mm entre chaque rainure, ce qui est en rapport avec l'époque de fabrication du meuble (en effet le nombre de dents des rabots à bretter s'est accru au fil des époques). On compte ici 10 dents pour 2 cm, ce qui correspond parfaitement à une réalisation du début du XVIIIe siècle.

Les différents éléments composant la structure du plateau sont séparés et les planches du centre coupées dans le sens de l'épaisseur, les parties ainsi récupérées sont rabotées pour pouvoir recevoir une âme de renfort en leur centre. Après réassemblage des emboîtures, le plateau est recollé.

Une marqueterie reproduite dans les deux principaux ouvrages traitant des Hache, Le génie des HACHE et HACHE (de P&F Rouge) et Ébenistes A -GRENOBLE (de Marianne Clerc). Force est de constater par analogie que le travail des deux provient du même atelier. Malgré un manque de netteté des photographies des ouvrages cités, on peut voir que les éléments qui composent les marqueteries sont issus de la même découpe dite "en paquet" (méthode utilisée pour la découpe des feuilles de placage, posées les unes sur les autres, qui procurait un gain de temps mais surtout une solidité pour le sciage du placage). Deux ateliers différents ne peuvent avoir effectué un travail aussi parfaitement similaire. Il est fort bien connu que Hache préparait des séries de découpes pouvant s'incorporer dans de futures marqueteries. On peut également voir des similitudes probantes dans la comparaison des divers insectes ou fleurettes en os.

En contre-parement, les différentes couleurs d'origine apparaissent beaucoup plus clairement, ce qui facilite l'expertise des différentes essences employées.
Après restauration complète de la marqueterie (sans utilisation de gomme laque mais par greffes, micro-greffes et teintures naturelles), différentes étapes permettront d'effectuer sa repose sur le plateau.
Les placages de façade seront réhydratés sous vide d'air et réassemblés après restauration des côtés, des traverses arrière et du dessous des tiroirs.

   
 

 

 
 

Principales étapes de la restauration du plateau :
1- collage d'un intissé et décollage de la marqueterie à chaud.
2- collage sur cale tendue après nettoyage des colles.
3- Collage de la marqueterie sur papier craft contrecollé sur panneau de medium
.
4- décollage de l'intissé.
5- restauration de la marqueterie.
6- collage d'un film plastique en parement.
7- décollage de la marqueterie de la cale tendue et nettoyage.
8- repousse du placage par enduit.
9- après brettage de l'enduit, repose et colle sur le plateau.