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Commode de François Lieutaud
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L'ornementation de bronze ciselée et dorée de cette commode est absolument somptueuse : astragales de bronze formant cadres autour des tiroirs (d'où le nom de commode à cadres), en frises ciselées de palmettes alternées d'oves pour deux et en frise de mouvements en C à culots pour une troisième sur le plan horizontal et en baguettes ciselées de fleurons épaulant les montants sur le plan vertical, filets de laiton(1) en double encadrement sur le parement des tiroirs, des montants et des côtés, exceptionnelles entrées de serrures au masque d'Apollon enrubanné(2), poignées de tirage aux monstres marins, agrafes en palmettes aux écoinçons des tiroirs et en cantonnement des côtés, très rares chutes d'angle en espagnolette(3) et sabots en coquilles à rinceaux d'acanthe sur les montants, rare cul-de-lampe au souffleur (ou encore au Zéphyr) flanqué de spires d'acanthe au tablier(4), et enfin grands motifs à l'Uranie(5) disposés au centre des côtés.
Complément au descriptif de la garniture de bronzeFrançois Lieutaud, ébéniste mais aussi fondeur, a pris soin d'orner cette commode de bronzes (ils sont au nombre de 50 et ont nécessité 14 moules différents) qui figurent parmi les plus précieux et dont certains sont absolument rarissimes :
État de conservation et constructionMeuble découvert dans un bel état de conservation, se présentant quasiment dans son intégrité de bâti et de placage, un beau palissandre du Brésil en frisages, avec sa pierre d'origine de la variété dite Vieux Rance (plus profonde que le meuble pour recouvrir une cimaise de boiserie), les bronzes et les filets d'époque, tout comme les trois serrures (une clé assortie les fait fonctionner). Comme il est légitime sur une commode d'époque Louis XIV, le bâti est entièrement en sapin tandis que les caissons des tiroirs sont en noyer. Le montage de la caisse est exclusivement effectué par queues d'aronde assemblées à fleur de parement, tant sur la façade que sur les côtés du meuble, d'où la légitime nécessité d'une très sérieuse restauration après 300 ans d'existence. De la restaurationNous parlons parfois (encore que pas assez) à notre clientèle de coûts de restauration, et tâchons de la sensibiliser à ce qui fait la différence entre une pseudo restauration -quelquefois "elle brille" même par son absence totale- et une véritable restauration dans les règles de l'art. Pour présenter cette commode de Lieutaud dans cet aspect au plus proche de l'origine nous préciserons que nous l'avons confiée pour une période de près de deux années à un maître ébéniste dans l'atelier duquel elle a nécessité plus de 250 heures de travail (ceci en dépit, précisons-le, de ce qui sera communément jugé comme un bon état de conservation / Nous tenons un cliché de la commode telle qu'achetée et la facture de restauration à la disposition de notre clientèle). Par ailleurs son marbre a été reconditionné par notre marbrier tandis que ses bronzes l'ont été tout d'abord par notre ciseleur (qui n'a eu, car la ciselure était bien présente, sinon pour une feuille de spire d'acanthe à restaurer, que de la remise en forme à effectuer) avant que de l'être par notre doreur pour une dorure à l'or avec polis et amatis patinés. Ajoutons (pourquoi pas) les déplacements nécessaires à toutes ces étapes et nous pourrons alors annoncer un chiffre de largement 300 heures entièrement dédiées à la restauration de ce meuble... Autant dire que (pour peu que les deux branques qui sont à la tête des deux grandes puissances nucléaires se tiennent tranquilles) notre commode de plus de 300 ans sera encore là dans les 300 prochaines années. On peut considérer cette commode comme un modèle d'apparat où Lieutaud exprime pleinement son goût et sa créativité. Très tôt d'époque, elle figure très probablement parmi les toutes premières réalisées par cet ébéniste de très grand talent, soit contemporaine des premières réalisations de Nicolas Sageot et de Noël Gérard, et contemporaine également des commodes d'André-Charles Boulle, trois ébénistes avec lesquels François Lieutaud entretenait des relations professionnelles. Travail parisien d'époque Louis XIV,
François Lieutaud (1665-1748)Ébéniste d'origine marseillaise qui reçut ses lettres de maîtrise à Paris à la fin du XVIIe siècle et fut actif sous Louis XIV et la Régence. Il travailla dans l'enclos privilégié du cloître Saint-Jean-de-Latran et Louis XIV lui accorda le rare privilège de pouvoir créer et fabriquer les bronzes de ses meubles (à cette époque en effet la corporation des bronziers-fondeurs s'en arrogeait l'exclusivité). Nous avons toutes les raisons de croire qu'il fut le principal fournisseur en bronzes de Thomas Hache et que son travail inspira les productions dans le style parisien de ce dernier.Nous savons aussi qu'il œuvra en collaboration avec Noël Gérard (qui était également marchand mercier) mais aussi avec Charles Cressent et André-Charles Boulle (qui le désigna comme son expert personnel au cours d'un procès en 1719).Il est à l'origine d'une dynastie d'ébénistes puisque son fils Charles ainsi que son petit-fils Balthazar (célèbre pour ses régulateurs) exerceront le même métier.Longtemps demeuré inconnu des historiens de l'art du fait de son estampille aux simples initiales (rappelons que l'usage de l'estampille ne fut réglementé et répandu que seulement durant l'époque Louis XV), il figure parmi les plus grands ébénistes de son temps. Pour en savoir plus, à lire sur le site : Notice consacrée à François Lieutaud sur Anticstore
Le marbre Vieux RanceNotre commode d'époque Louis XIV est née avec un marbre, comme son plancher en atteste, et nous avons toutes les raisons de croire qu'elle est toujours recouverte de sa pierre d'origine. Nous attirerons l'attention sur ce fait que les commodes véritablement de la fin de l'époque Louis XIV recouvertes d'un marbre (dès l'origine, car en effet on en verra beaucoup dont le plateau de bois a été remplacé par un marbre) sont en vérité extrêmement rares, car c'est l'apanage des commodes "de grands noms", des ébénistes parisiens proches d'André-Charles Boulle et du Garde-Meuble de la Couronne. Pourquoi ? Tout simplement parce que le marbre à cette époque était considéré comme un matériau de grand luxe car le coût de son transport l'amenait à un prix de revient bien supérieur à celui d'un plateau de bois recouvert de placage ou même de marqueterie. Le marbre de Rance (également appelé Rouge de Rance, Rouge de Flandres, marbre rouge des Flandres, ou Rouge belge) est une variété de marbre de couleur rouge, rayé de veines grises et de taches blanches et bleuâtres. Exploité dès le XVIe siècle dans la région de Rance, dans le Hainaut (Belgique), il obtint une grande renommée surtout grâce à l’usage intensif qui en fut fait lors de la décoration du château de Versailles où on le trouve utilisé à profusion tant en dallages, placages, qu'en pilastres, comme dans la Galerie des Glaces, pour la confection de colonnes, d'escaliers et de cheminées monumentales. Ces éléments étaient réalisés en marbres de provenances diverses, en grandes quantités des provinces septentrionales appelées Flandres, d'où l'origine des qualificatifs erronés de « Rouge de Flandres » ou « marbre rouge des Flandres ».Le rouge de Rance n'est pas un marbre au sens géologique du terme car il ne s'agit pas d'une roche métamorphique ayant été soumise à haute température à la suite d'un enfouissement à très grande profondeur ou au contact avec une roche ignée intrusive. Le terme "marbre" se réfère ici à une simple roche calcaire prenant un beau poli et utilisée comme pierre ornementale.Un texte de 1608 montre que le marbre rouge de Rance est déjà bien connu loin de son lieu d’origine : « laquelle pierre est fort recherchée de toute part, et par spéciale de la ville de Bruxelles et Anvers, d’où icelle passe plus outre tant pour le roy de Danemark que autres princes et Seigneurs voisins ».Plus que tout autre, les lettres de noblesse du marbre rouge de Rance lui viennent de l’utilisation extensive qui en est faite pour la décoration du château de Versailles, surtout durant la seconde phase de construction (1668-1670). La demande est alors si pressante qu’une route est tracée à travers la forêt, entre Renlies et Cousolre pour acheminer plus rapidement les colonnes de marbre vers Paris et Versailles". Extrait de Wikipédia. Pour en savoir plus, à lire cet excellent article Wikipédia : Article consacré au marbre de Rance sur Wikipédia |
Vues de la commodeDimensions : 0,83 m de haut × 1,21 m de large × 0,62 m de profondeur. |
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La commode vue de face. |
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Vue en plongée sur le superbe marbre diapré dit Vieux Rance avec débordement arrière destiné à recouvrir une cimaise de boiserie. |
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La commode vue de léger trois quarts gauche. |
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La commode vue de trois quarts gauche. |
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La commode vue de trois quarts droit. |
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Chacun des côtés de la commode. |
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Un des côtés de la commode centré d'un important motif à l'Uranie dans un double encadrement |
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Une poignée aux monstres marins. |
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Une large entrée de serrure au masque d'Apollon. |
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Les espagnolettes ponctuées de chutes florales, baguettes, frises et coquilles en palmette. |
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Palmettes, filets, frises en festons et baguettes - Détail du bronze à l'Uranie. |
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Le tablier de la commode avec son cul-de-lampe au Zéphir et ses spires d'acanthe affrontées. À noter la très riche frise inférieure dont l'ornementation s'affranchit de celle des deux autres, sur celle-ci un décor de mouvements en C à culots fouillé d'une formidable ciselure. |
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Les sabots en spires d'acanthe centrées d'une coquille au naturel. |
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Le dos de la commode en planches jointives de sapin par lesquelles se finit le montage. |
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Photographie détourée. |
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Étude comparative et corpus des commodes de François LieutaudDocumentation comparative et corpus des commodes estampillées, attribuées ou attribuables à François Lieutaud, réunis sur une page d’étude distincte, afin de replacer cette commode dans l’ensemble actuellement connu de sa production. |
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