Antiquités Philippe Glédel

Grand bureau cylindre Louis XVI
en acajou et placage d'acajou

Travail d’époque Louis XVI vers 1785-1790

Bureau cylindre en acajou et placage d'acajou moucheté d'époque Louis XVI, de face

Large bureau cylindre en acajou massif et placage d'acajou moucheté,
incrusté de filets d'ébène et de laiton, plaqué toutes faces et
ouvrant par quatre tiroirs en ceinture et trois tiroirs en gradin.
Travail d’époque fin Louis XVI.

Description du bureau

Bureau cylindre en acajou et placage d'acajou moucheté de Saint-Domingue sur toutes ses faces, richement ornementé de filets de laiton, eux-mêmes doublés de filets d'ébène, et de baguettes de laiton.
Il ouvre par quatre tiroirs répartis sur une ceinture et deux caissons en partie inférieure ainsi que trois tiroirs en gradin en partie supérieure, est ceint d'une galerie de laiton ajourée, repose sur des pieds fuselés à bagues et cannelures de laiton simulant des pilastres et ponctués de sabots de bronze.
Le cylindre ouvert découvre trois tiroirs et deux serre-papiers au-dessus tandis que le plateau coulissant gainé d'un cuir vert doré aux petits fers, une fois tiré vers l'avant, vient faire s'ajuster sous la précédente une seconde rangée de tiroirs en trompe-l'œil.
Dans la tradition des grands bureaux cylindres -on pensera au bureau du roi qui en a initié la mode- une clé unique actionne les sept serrures à trèfle tandis qu'une petite clé indépendante est dédiée à l'ouverture du coffre-fort, dissimulé dans le caisson droit formé d'un grand tiroir simulant deux tiroirs.
Le bâti, principalement sur âme de sapin, est relativement composite suivant les parties à traiter, ainsi on trouvera du chêne pour les traverses de soutien, du merisier pour les côtés des tiroirs et du noyer pour le caisson coffre-fort.

Le bureau dans sa période

Ce bureau témoigne du goût des dernières années du règne de Louis XVI, période durant laquelle, suite à l'anglomania, l'acajou s'impose dans l'ébénisterie parisienne. Aux riches marqueteries polychromes succèdent volontiers des placages choisis pour la beauté même de leur veinage, relevés seulement de filets sombres et de fines moulures métalliques. C'est notamment ce à quoi s'est appliqué Riesener, l'un des plus grands ébénistes de cette époque, conduisant le Louis XVI vers une esthétique plus sévère : presque plus de marqueterie figurative, peu de bronzes décoratifs envahissants ; à leur place, une architecture très lisible, les lignes géométriques des tiroirs, le contraste brun/noir/or et surtout le dessin spectaculaire de l'acajou.
Ici le décor repose moins sur l'ornement que sur la qualité des matériaux et ce large bureau met en valeur, presque sans interruption (signalons d'ailleurs au passage que d'ordinaire la galerie encadre bien souvent un marbre blanc, il est beaucoup plus rare de voir un plateau en moucheté comme sur ce modèle), figures et moirures du placage d'acajou, tandis que de minces filets d'ébène et de laiton et de fines baguettes de laiton en soulignent avec rigueur l'architecture.
Son intérêt est précisément cette élégance géométrique de la fin du Louis XVI et la prééminence donnée à l'acajou, et l'association de l'acajou moucheté et de l'ébène associé au laiton n'est nullement un détail secondaire : elle constitue ici tout le parti décoratif. Datant de la fin de l'époque Louis XVI, vers 1785-1790, il annonce le Directoire.

Vues du bureau

Bureau cylindre en acajou moucheté et ébène d'époque Louis XVI, ouvert de face

Vue de face, cylindre ouvert.

Bureau cylindre en acajou moucheté et ébène, Paris époque Louis XVI, ouvert avec tirette de face

Vue de face, cylindre et tirette ouverts.

Grand bureau cylindre en acajou moucheté et ébène  Paris époque Louis XVI, de trois-quarts
Vue de trois-quarts gauche, bureau fermé.

État de conservation, restauration et dimensions

Le meuble se présente dans un très remarquable état de conservation, dans l'intégralité de son placage (pas même une greffe) et de sa garniture de bronze et laiton, serrure et clés comprises.

Il a été revu et reverni au tampon par notre restaurateur, un maître ébéniste.

Dimensions : 131,5 cm de hauteur × 141,5 cm de largeur × 66,5 cm de profondeur.

Large bureau cylindre en acajou, détail placage d'acajou moucheté

Vue de détail du placage d'acajou moucheté de Saint-Domingue.

Du trop fameux acajou de Cuba et de celui d'Hispaniola.

Entrons sans ambages dans le vif du sujet : nous avons le privilège d'avoir des meubles français fabriqués au XVIIIe siècle dans l'un des meilleurs bois au monde, un bois qui nous vient de notre ancienne plus riche colonie, et nous ne trouvons rien de mieux, au mépris de l'évidence, qu'elle soit historique ou botanique, que de le désigner sous le terme parfaitement inapproprié d'« acajou de Cuba » (et pardon mais en langue française, Cuba n'est pas des plus heureux -comme nous le verrons d'ailleurs... plus bas. Hispaniola ! Par exemple! Voila un nom qui a tout de tout de même un peu plus de charme et de distinction). Or cette appellation "terriblement datée XIXe - XXe" semble inébranlable alors qu'elle se rapporte en vérité à un acajou de seconde qualité qui fut pendant longtemps fort répandu et qui convenait particulièrement à une utilisation quasi industrielle telle que celle à laquelle se livrèrent les frères Jacob.
Il n'y a pas si longtemps c'est avec consternation que nous avons vu observer qu'un antiquaire des quais parisiens, drapé dans sa toge d'ancien président d'une chambre d'expert, vendait un bureau cylindre en placage d'acajou moucheté en prétendant sur un ton professoral 1- qu'il était en acajou de Cuba, et 2- que ce dernier était "indiscutablement le plus beaux des acajou" (sic), et d'ajouter dans la foulée 3- supérieur au Saint-Domingue... puis encore, "Fidel" à son idée fixe, pour un autre bureau : "C’est de Cuba que furent importées les plus belles essences"...
Bullshit ! Comme disent nos voisins anglais qui tout au long du XIXe siècle, en plus des espagnols, firent de ce bois une très importante consommation, et dont l'exploitation conduisit progressivement à un épuisement de ses peuplements les plus accessibles jusqu’aux mesures de protection modernes (car comme on semble seulement le découvrir aujourd'hui, les ressources naturelles, même abondantes, soumises à l'industrie humaine, finissent par s'épuiser). Certains ont cru voir dans les mesures de protection particulières dont il a bénéficié des raisons de l'encenser comme le meilleur des acajous, c'est parfaitement inexact.
Tout d'abord, scientifiquement parlant, le terme « acajou de Cuba » n'a aucune valeur, considérons-le plutôt comme une appellation commerciale en rappelant que Cuba est une ancienne colonie espagnole un temps occupée par les anglais, la France n'ayant jamais eu grand chose à y faire, tandis que par contre Saint-Domingue fut au XVIIIe siècle la plus prospère de toutes les colonies françaises.
« Acajou de Cuba » ou « acajou de Saint-Domingue » sont des termes vernaculaires, non des termes botaniques, et dans les deux cas c'est bien la même espèce qui est désignée, et donc le même arbre, Swietenia mahagoni, mais attention, pas du tout le même bois pour autant. En effet, le végétal c'est aussi du vivant, et selon la nature du sol ou du climat, les mêmes arbres donnent des bois aux textures, aux figures et aux couleurs d'une grande variété (un peu comme les mêmes pieds de vigne donnent des vins très différents selon l'endroit où on les plante) et ainsi en France si le noyer périgourdin est fort réputé il en va de même du noyer dauphinois, mais ce sont des bois aux qualités divergentes.
De même, contrairement à ce qui est dit et répété, l'acajou venant de Cuba, au grain plus grossier et aux veinages moins variés, est bien loin de valoir celui d'Hispaniola, soit pour la partie française de l'île, Saint-Domingue (plus tard proclamée Haïti).
Il ne faut pas sous-estimer la part prise par le snobisme dans le marché de l'art, il tend parfois au ridicule, ainsi dans son ouvrage Manuel d'identification macroscopique des bois du mobilier français – XVIe-XIXe, Patrick George, qui ne fait pas trop de cas du fameux "Cuba", nous livre l'anecdote suivante : « jusqu'à la fin du premier quart du XXe siècle, les lunettes des lieux d'aisance des beaux immeubles haussmanniens étaient faites en acajou de Cuba. Le père de Patrick George voulant, dans les années 1920, acheter le très important stock du plus grand fabricant de l'époque, s'est vu répondre que jamais les clients de cette maison renommée "ne poseraient leur postérieur sur un autre acajou que le Cuba" ».
Comme on pourra le lire dans l'ouvrage de Jacqueline Viaux Locquin, Les bois d'ébénisterie dans le mobilier français : « L'acajou utilisé en France sous l'Ancien Régime provient pour la plus grande partie de Saint-Domingue » et plus loin, concernant l'acajou dit de Cuba : « Acajou inférieur en qualité à celui de Saint-Domingue. Les Anglais le désignent sous le nom de Havana wood et l'utilisèrent surtout au XIXe siècle. ».

Aussi, si l'on veut être un tant soit peu rigoureux, parlant des meubles français* du XVIIIe, qu'ils aient été fabriqués dans les ports ou à Paris, qu'ils soient donc en massif ou en placage, il convient avant tout d'assimiler qu'il n'existe que deux espèces d'acajou** (et par contre une infinie multitude de bois exotiques, dont certains qui présentent des ressemblances avec l'une ou l'autre et qui sont hélas très souvent désignés improprement sous le terme d'acajou) :
- L'acajou des Grandes Antilles en provenance de Saint-Domingue (l'acajou à petites feuilles) soit Swietenia mahagoni, car c'est bien celui qui fut débarqué dans les ports français. Saint-Malo, qui entretenait des relations privilégiées avec l'Espagne par les comptoirs de Cadix, fait cependant figure d'exception et importa aussi "du Cuba" et on en utilisa également à Paris à la fin du XVIIIe siècle, essentiellement à destination de la fabrication de sièges (Jacob, Séné...) possiblement par le biais du commerce avec l'Espagne et l'Angleterre mais aussi et surtout en provenance des replantations coloniales de Martinique et de Guadeloupe.
- L'acajou du sud des Caraïbes et Amérique centrale en provenance du Honduras (l'acajou à grosses feuilles) soit Swietenia macrophylla, plus clair et moins lourd que le premier, au grain moins fin, et dès XVIIIe siècle bien plus abondant et moins coûteux.

L'acajou de Saint-Domingue (Swietenia mahagoni), particulièrement rare car sa zone de croissance est limitée, est unanimement reconnu par les spécialistes du sujet de toutes époques comme l'un des meilleurs bois au monde. Doté d'un grain d'une rare finesse, il est sans contestation le plus beau des acajous et, lorsqu'il présente des figurations mouchetées (rappelons qu'il s'agit justement d'une véritable spécificité du bois de Saint-Domingue), il s'inscrit dans le cercle restreint (que l'on compte sur les doigts d'une main) des essences les plus exceptionnelles et les plus chères au monde.

*Adam Bowett a démontré que si l'Angleterre importait effectivement l'acajou de Cuba, qui jouissait d'ailleurs d'une réputation assez médiocre, les plus grandes quantités provenaient de Jamaïque dont le bois était réputé supérieur, et enfin qu'à partir de 1766 (date du Free Ports Act), l'Angleterre a également importé de l'acajou d'Hispaniola, transitant notamment par les ports francs jamaïcains, destiné à la fabrication des meubles les plus prestigieux.
À la fin du XVIIIe siècle, le marché britannique opposait notamment l'acajou du Honduras, abondant et moins coûteux, à l'acajou dit « Spanish » ou « St Domingo », recherché pour les ouvrages de qualité. De plus, dans son étude sur Gillows of Lancaster and London, Bowett nous apprend que cette maison refusait même le bois de Cuba pour ses placages et les travaux de qualité ; sur le marché ce dernier cotait d'ailleurs sensiblement moins que "le Jamaïque".

** par cette affirmation nous passons intentionnellement sous silence une troisième et dernière espèce : Swietenia humilis (pour lequel il y a confusion avec S. macrophylla car les anglais le nommaient improprement - décidément! - Honduras mahogany) dont les zones de croissance principales étaient excentrées vers le pacifique, bien loin du cœur du système colonial français, et dont l'utilisation n'a été que locale.
De même nous omettons l'acajou africain, ce dernier pour deux bonnes raisons : il ne fait tout simplement pas partie de la même espèce botanique et enfin il est pour sa part totalement hors du sujet qui nous intéresse.

Grand bureau cylindre en acajou d'époque Louis XVI, détail des filets de laiton et d'ébène

Vue de détail des doubles filets de laiton et d'ébène.

Grand bureau cylindre en acajou d'époque Louis XVI, détail serrure et clé à trèfle

Vue de détail d'une serrure et de la clé à trèfle - Vue de détail de deux poignées en laiton poli.

Grand bureau cylindre en acajou d'époque Louis XVI, détail des ouvertures et de la tirette

Vue des différentes configurations d'ouverture et de fermeture du bureau.

Bureau cylindre en acajou moucheté et ébène d'époque Louis XVI, grand ouvert de face

Vue du meuble avec tous ses tiroirs ouverts.

Bureau cylindre Louis XVI en acajou, tiroir du caisson droit et coffre-fort

Vue du large tiroir du caisson droit avec son casier et son coffre-fort.

Bureau cylindre en acajou moucheté et ébène d'époque Louis XVI, vue de côté

Vue d'un côté du bureau.

Bureau cylindre en acajou moucheté et ébène d'époque Louis XVI, vue de dos

Vue du dos du meuble (précisons que sur cette photographies, et sur d'autres d'ailleurs, on voit d'inévitables reflets).

Documentation et éléments de comparaison

Bureau cylindre comparable, modèle plus petit de conception proche

Bureau plus petit mais très proche dans sa conception.

Documentation comparative de bureau cylindre Louis XVI
Grand bureau cylindre de conception comparable

Autre grand bureau cylindre de conception approchante.

© ANTIQUITÉS PHILIPPE GLÉDEL - TOUS DROITS RÉSERVÉS 1998 / 2026